avril 17

Soixante-sept ans pour rien

accolayJ’aurais aimé vous éblouir de ma science en sortant de ma manche un musicien quasiment inconnu ayant vécu dans la deuxième moitié du XIX° Siècle.

J’aurais aimé vous écrire sa biographie. Je la vois d’ici :

Jean Baptiste Accolay nait le 17 avril 1833 dans un quartier pauvre de Bruxelles. Fils d’un cordonnier et d’une femme de ménage, il suit des études brillantes à l’école Notre Dame des Bons Soupirs. Agé de huit ans à peine, alors qu’il accompagne sa mère qui travaille comme servante au conservatoire de musique de Bruxelles, il s’empare d’un violon d’étude posé sur une chaise et sans avoir jamais touché au moindre instrument de sa vie, interprète de mémoire le concerto numéro 21 de Mozart avec un brio rarement rencontré, surtout pour un enfant de son âge. Le directeur du conservatoire qui passe par là par hasard l’entend et lui fait obtenir immédiatement une bourse d’étude. Premier prix de violon, de violoncelle et de trombone, il termine ses études de musicologie à l’âge de dix-sept ans et entame une brillante carrière de musicien soliste. Accueilli avec enthousiasme dans les plus grandes Cours d’Europe, il enchaine concert sur concert, succès sur succès, triomphe sur triomphe. Tour à tour soliste, chef d’orchestre et compositeur, on lui doit plus de quarante concertos pour violon, piano, trompette et mandoline, douze symphonies, sept opéras, et nombre de madrigaux, menuets, sonates et pièces de toutes sortes. Sa vie n’est qu’un tourbillon de succès, tant professionnels que sentimentaux. On ne compte pas le nombre de ses maîtresses qu’il laisse éplorées dans toutes les villes où il passe. Entouré de l’affection des siens, et pleuré par l’Europe entière, il s’éteint le 19 Août 1900 à Bruges, à l’âge de soixante-sept ans, terrassé par une maladie qui ne lui laisse aucun répit. Malheureusement, son œuvre colossale n’a plus aujourd’hui le succès qu’elle avait au siècle dernier et peu de musiciens continuent à jouer sa musique pourtant d’une qualité inégalée.

Malheureusement, il n’en est rien. Musicien professionnel, effectivement né le 17 avril 1833 et mort le 19 Août 1900, Jean Baptiste Accolay n’a rien laissé. Soixante-sept années de vie et de musique et deux lignes dans Wikipedia. Quelle tristesse ! De toute sa vie de musicien et de compositeur, il a laissé un concerto pour violon connu comme morceau d’étude et une pièce pour violon et trombone. Il s’appelle Concerto numéro 1. On ne trouve aucune trace du 2 !
Triste pour lui et fort de le faire revivre aux yeux du monde dans cette chronique lue sur la planète entière, je cherche, je fouille, et je tombe sur Wikipedia américain. Selon eux, il n’aurait même jamais existé ! Il a passé soixante-sept ans de sa vie à écrire de la musique en Belgique et personne ne se souvient de lui, personne ne l’a jamais croisé dans la rue, ni dans un restaurant, ni dans le moindre bal ou la plus petite manifestation publique. Pas de voisins, pas de propriétaires, pas de femme, pas d’enfant. On dit même que sa seule œuvre reconnue, le fameux concerto pour violon, ne serait pas de lui, mais d’un certain Henri Vieuxtemps !
Pauvre Jean-Baptiste Accolay ! Soixante-sept ans de vie, de musique, d’amour certainement, pour arriver à n’être que le fantôme de lui-même. La Mort ne se souvient même pas l’avoir emporté un jour, c’est vous dire !
Alors, histoire de lui redonner un peu de gloire aujourd’hui, voici le lien qui vous permettra d’écouter le seul morceau (qu’il n’a peut-être jamais écrit) laissé à la postérité. Et en regardant sur Youtube la vidéo du concerto, je lis : JB Accolay (1845-1910). Même ses dates de naissance et de mort ne correspondent pas. Comment voulez-vous que la Mort se souvienne, à dix ans près !

© JM Bassetti 17/04/2013. Tous droits réservés.

© Amor-Fati 17 avril 2013 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr


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Ecrit 17 avril 2013 par Amor-Fati dans la catégorie "Fiction", "Uchronie

1 COMMENTS :

  1. By Leopold Goyer on

    Merçi JMB pour cette fabuleuse article publiée dans Fiction, Uchronie.

    Même s’il y a de ça beaucoup de temps écoulé, j’adore lire et relire et

    écouter ce chef-d’oeuvre.

    J’aime vous lire sur ma page Facebook.

    Merçi encore.

    L/G.

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