mai 21

Tante Eulalie

mariage-table-repas-assisAtelier d’écriture.
Vous êtes invité(e) au mariage de votre cousine. Au moment du repas, vous constatez avec amertume qu’on vous a installé(e) à côté de Grand-Tante Eulalie. Elle est très bavarde mais surtout elle est sourde comme un pot. En un mot, elle comprend tout de travers.

Imaginez en 1500 mots environ et avec humour la conversation pleine de quiproquos, de méprises et de double sens que vous entretenez avec la vieille dame.

J’étais tellement heureuse d’avoir été conviée
A ton repas de noce, ma cousine adorée.
Nous avons le même âge, tu as franchi le pas
J’espère que toi aussi tu m’accompagneras
Lorsque je franchirai au bras de mon papa
Les portes de l’église pour ce jour de gala.
La mairie avalée, le curé reparti
Nous avons retrouvé ses copains, tes amis
Autour d’un verre de cidre, d’une bière ou d’un jus d’pomme
Pour rigoler ensemble, pour vous fêter en somme.
Je connais tes parents, je connais ta famille
Car c’est aussi la mienne, nous étions petites filles
D’honneur pour le mariage de tata Marie Louise
Avec qui ? Rappelle-moi… Ah oui, tonton Aziz !
La brioche descendue, les p’tits pains digérés
Nous avons promené les papis, les mémés
Sur le bord de la mer, là même où les bateaux
Profitaient des risées pour faire leur numéro.
Parmi les invités, je l’avais oubliée
Se trouvait Eulalie, la tante d’Augustine
Notre grand’tante en somme, puisque nous sommes cousines.
Je ne l’avais pas vue depuis bien des années
J’ai trouvé qu’elle avait ma foi beaucoup changé.
Je me suis amusée avec Cousin Antoine
Nous avons discuté et cueilli des pivoines
La balade achevée, il fallait revenir
Vers le resto du port où nous allions finir
Cette belle journée, celle de ton mariage
Cette journée unique là au bord de la plage.
« Au paradis perdu », tu parles d’un nom marrant
Un nom de cauchemar, pas un nom d’restaurant
Approchant de la table, chacun cherche son nom
Ecrit comme de coutume sur des petits cartons
Sans douleur je découvre le mien écrit en gros
A côté de l’assiette de ton cousin Bruno
Je l’ai toujours aimé, on va bien discuter
Avec lui je suis sûre de rire et de danser.
Mais qui vient donc s’asseoir là de l’autre côté ?
Elle arrive décidée, elle arrive amusée
C’est la Tante Eulalie, la sœur de Mélanie,
La femme de Désiré, la mère de Stéphanie.
Je commence la causette : Comment vas-tu ma tante ?
Elle me répond alors, Non je n’aime pas la menthe.
La réponse ne va pas, je n’ai pas demandé
Quel était son parfum de tisane préféré.
La soirée continue, ça va de mal en pis
Quand je parle de télé, elle parle de Roumanie,
Si j’aborde mes études, elle répond « Oui j’aime bien
Mais je préfère les chats, je me méfie des chiens. »
Je fais bien des efforts, j’aborde tous les sujets
Les chansons, le théâtre, les refrains, les couplets
Qu’elle devrait connaitre, rappelant sa jeunesse,
Mais hélas chaque fois je tombe à la renverse
En l’entendant répondre à côté de la plaque
Chaque fois c’est raté, j’ai pris pas mal de claques…
Bruno à mes côtés se gausse et se gondole
En me voyant ramer, il se marre, il rigole.
Vas-y, chacun son tour, puisque t’es si malin
Echange donc un peu ton rôle avec le mien
A toi mon cher Bruno les plaisirs de la vie
Je te laisse discuter avec tante Eulalie.
Hélas il se défile, préférant le dessert
Aux réponses évasives de la tante de mon père.
J’ai fini la soirée fatiguée, épuisée
Car en bonne petite nièce, polie et bien-pensante
Je n’ai pas délaissé pour la soirée ma tante
Et au lieu de danser, de jouer avec Bruno
J’ai tenu le crachoir à cette sacrée vieille peau
Qui en fin de soirée, tapotant son oreille
M’a dit « Marie, sais-tu, sais-tu qu’mon appareil
Est resté aujourd’hui au niveau le plus bas ?
Dans les soirées de noce, dans les soirées comme ça
Le bruit fait de l’écho, c’est ainsi à mon âge
Alors, moi je m’isole, le silence me soulage
Je n’entends rien du tout, et c’est volontairement
Que je me coupe du monde et des cris des enfants.
Mais ma petite Marie ça m’a donné bonne mine
D’assister à la noce de ta jolie cousine
J’ai pris de belles couleurs tout à l’heure au soleil
Et tant pis si l’état de mes pauvres oreilles
N’a pas pu me permettre de vraiment apprécier
Le sel de tes propos, le sens de tes idées.
En tous les cas, Marie, je partirai très fière
D’avoir connu ce soir la nièce de mon grand frère
Et pour cette raison le mariage d’Aurélie
A été un beau jour pour ta tante Eulalie. »

Merci ma chère cousine de m’avoir invitée
J’ai passé une très bonne, une excellente soirée.
En voyant Eulalie, j’ai bien pensé au pire
Mais c’était un bonheur, c’était même un plaisir.
C’est si bon de pouvoir, l’espace d’un instant
Partager des moments avec nos vieux parents,
Avec ceux qui bientôt, ou plus tard ou trop tôt
Ne seront plus que noms, visages sur des photos.

© JM Bassetti. Ver sur mer le 21 mai 2014. Reproduction interdite sans accord de l’auteur.

© Amor-Fati 21 mai 2014 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr


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Ecrit 21 mai 2014 par Amor-Fati dans la catégorie "Atelier d'écriture", "Poème

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