février 11

Toujours…

volvic

C’était à domicile.

A Cannes.

En février.

Il faisait un temps potable.

Sans plus.

Pas de pluie, pas trop de vent.

Une température ni trop chaude, ni trop froide.

Février sur la côte d’Azur quoi.

J’avais dix-neuf ans.

Un peu plus.

Un minot.

J’avais dormi jusqu’à dix heures.

J’avais pris mon petit déjeuner.

Deux tartines.

Du beurre.

Toujours.

Et puis, j’avais préparé mon sac.

 

Ne rien oublier.

Le short, le maillot.

Les chaussettes, les chaussures.

Un slip propre.

Toujours.

J’avais retrouvé les copains.

On avait discuté.

Le bus des Nantais était arrivé.

Alors, on était entré.

Dans le vestiaire.

 

Le vestiaire.

J’aime ces moments-là.

On est là, tous ensemble.

Le ballon sur le sol.

Les regards qui se croisent.

C’est toujours les mêmes gestes.

D’abord la jambe gauche.

Toujours.

Chaussette, chaussure.

Puis la jambe droite.

Et puis une gorgée de Volvic.

Toujours.

 

On est entré sur le terrain.

Le pied gauche sur la ligne.

Toujours.

Ca porte bonheur.

Et puis le pied droit.

Toujours.

Et puis le gauche.

Et puis le droit.

Toujours.

Et on recommence.

On s’est mis en place.

L’arbitre a sifflé.

Et on a joué.

 

J’aime ces moments-là.

On est là, tous ensemble.

Sur le terrain.

Le ballon roule.

Sur le sol.

Ou vole.

Dans les airs.

Les regards qui se cherchent.

C’est toujours les même gestes.

Passes, dribbles.

Tacles, amorties.

Toujours.

D’abord tir du pied gauche.

Puis du pied droit.

Toujours.

 

On a encaissé un but.

On était dominés.

On était mal.

Ca faisait chier.

Deuxième mi-temps.

On m’a passé la balle.

Pour une fois.

J’ai fait un petit exploit.

Et j’ai marqué.

Pour la première fois.

 

On a gagné.

Deux  à un.

On est retourné au vestiaire.

J’aime ces moments-là.

On est là, tous ensemble.

Le short sale qui colle au cul.

Les regards qui se croisent.

C’est toujours les mêmes gestes.

D’abord la jambe gauche.

Toujours.

Chaussure crade, chaussette sale.

Puis la jambe droite.

Et puis une gorgée de Volvic.

Toujours.

 

Et puis la douche.

Toujours.

 

(Le 11 février 1991, juste un an après la libération de Nelson Mandela, un petit nouveau dans le Championnat de France de football marquait son premier but en tant que professionnel sous le maillot de l’AS Cannes. Son nom, il le signe à la pointe de son soulier, d’un double Z qui veut dire Zinedine Zidane.)

© JM Bassetti 11/02/2013 Tous droits réservés.

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Ecrit 11 février 2013 par Amor-Fati dans la catégorie "Histoire réécrite", "Hommage

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