janvier 7

Tous les autres sont des imposteurs.

zorro

Jeudi 7 janvier 1965. J’ai sept ans depuis une semaine à peine. Dans la salle à manger, depuis plusieurs années, trône un téléviseur.  Un Philips ou un Radiola, je ne me souviens plus bien. Tout ce que je sais, c’est qu’il comporte un bouton marche-arrêt et trois boutons pour les chaines. Trois boutons, quelle idée ? Il n’y a qu’une seule chaine… Autant que je me souvienne, à la mort de ce téléviseur, les boutons 2 et 3 n’ont jamais servi à rien. Un seul programme, en noir et blanc, avec une antenne intérieure posée sur la télé.

Cette fameuse télé m’a valu une petite brouille avec mes sœurs l’année précédente. 24 décembre 1963, je crois toujours au père Noël. Nous passons la soirée avec mes parents, bon petit repas en famille, je ne me souviens pas du menu, mais je suis sûr que maman avait mis les petits plats dans les grands. Après le repas, papa a voulu regarder ce qu’il y avait à la télé ce soir-là. Pas d’application Iphone à cette époque pour connaître le programme. La bible, c’était Télé Sept Jours. Autant que je me souvienne, c’était le seul existant. Télé Poche peut-être… Je n’en suis même pas certain.  Toujours est-il que papa regarde le « programme » et nous dit :

«  Il y a Sans Famille ce soir. Une histoire un peu triste, c’est sûr, mais pour un soir de Noël, c’est une bonne idée. On le regarde ?

Et nous voilà tous les cinq devant la télé, papa et maman sur les fauteuils recouverts d’un tissu chiné noir et blanc, mes deux sœurs et moi vautrés sur des coussins, ou carrément par terre.

J’avoue que je n’ai pas un immense souvenir de ce film. J’étais petit, l’histoire de ce Rémi, de son petit chien Capi (le même nom que le chien de mon livre de lecture, Rémi et Colette) et de son singe Joli Cœur, récupéré par un vieux musicien ne me parle pas vraiment.

Je m’ennuie je pense, et surtout, j’attends le  Père Noël qui va venir dans peu de temps, certainement pendant qu’on sera partis à la messe de minuit à Saint Pierre Saint Paul à Asnières. J’ai demandé une panoplie de Zorro, avec le chapeau, la cape, le révolver, le masque et l’épée. Mes parents m’ont déjà prévenu que le Père Noël n’offrait pas de révolver. La pilule a été dure à avaler, mais, s’il y a l’épée, c’est déjà pas mal. Ça me changera de ma panoplie d’Ivanohé que je traîne déjà depuis deux ans.

Il est vingt-trois heures trente. Maman commence à préparer avec moi le repas du Père Noël. On lui laisse un bout de boudin blanc, un peu de bûche et un verre de lait. Ça suffira bien. Et puis, même s’il est de bonne heure pour aller à la messe, mes parents ont besoin de temps pour installer les cadeaux. Ce qui veut dire qu’il faut aller se préparer, et surtout éteindre la télé pour partir. Or, Sans Famille n’est pas terminé, et mes deux soeurs aimeraient bien le voir jusqu’au bout. Mais comme le petit frère croit toujours au Père Noël, toute la tribu est sommée de dégager la salle.

– Tout ça à cause de Jean-Marc, nous on n’y croit plus…

– Oui, mais c’est comme ça, il y a quelques années, c’était pour vous, cette année, c’est pour lui, c’est peut-être la dernière année qu’il y croit, alors, il faut lui laisser ce plaisir. Allez, zou, dans votre chambre.

– Oui, mais Sans Famille n’est pas fini…

– Dans votre chambre !!

– Oui mais…

– Y a pas de Ouimais.. Zou…

Regards noirs sur le petit frère en quittant la salle.

Au retour, le Père Noël était bien passé, avait mangé le bout de boudin blanc, avait grignoté un morceau de bûche (il en avait laissé un peu), et bu la moitié du verre de lait. Tout le monde a ouvert ses cadeaux, et l’histoire de Sans Famille était déjà oubliée dans les yeux de mes sœurs découvrant ce qu’il avait déposé.

Et moi, j’avais ma panoplie de Zorro, mais pas la cape. Le lendemain, à Orsay, ma grand-mère m’offrait la cape qu’elle avait cousue pour moi… Manquait juste le révolver (le fourreau de la ceinture était désespérément vide). Ce sera pour l’année suivante !

Donc, revenons à nos moutons, et plutôt à ce 7 janvier 1965.

Il est 17 heures, j’ai fini mes devoirs, récité les leçons (pas grand-chose à mon avis), et je trône, déguisé en Zorro, de pied en cape devant la télévision.

Mon journal de Mickey m’avait prévenu. C’était ce jour-là la première diffusion de Zorro à la télévision française. Pas de problèmes de couleurs pour un type déguisé en noir !!

Je les connaissais bien pour les avoir vus dans le journal, mais là, je les voyais s’agiter devant moi. Zorro, Don Diego de la Vega, son père Don Alexandro, Tornado le cheval, Bernardo le muet (mais pas sourd, mais tout le monde le croit sourd alors parle sans crainte devant lui), le gros sergent Garcia et le petit caporal, et le méchant commandant Monasterio. Ils sont tous là. Et ils bougent. Et il saute, et il se bat, et il triomphe en laissant derrière lui un Z marqué à la pointe de son épée.

Magie de l’enfance… Je n’avais pas d’yeux assez grands pour regarder. 26 minutes, c’est court, mais ça laisse un souvenir impérissable. Comment tous les gens font-ils pour ne pas reconnaître Don Diégo, sa moustache, sa voix. Mais moi, je sais. Je suis dans la confidence. Pas comme ce benêt de Sergent Garcia qui n’a rien remarqué.

Combien de fois les ai-je vus, ces 78 épisodes de Zorro dans un Los Angeles espagnol improbable où les gens circulent à cheval dans des rues de sable ? Ils ont été rediffusés maintes et maintes fois, et maintenant, quand je zappe sur la télé et que je tombe sur Zorro, certes colorisé, je m’arrête.

Attention !!  Zorro, avec Guy Williams dans le rôle-titre. Le seul, le vrai. Tous les autres sont des comiques, des imposteurs. A la limite, Banderas a été un Zorro acceptable que j’ai vu au cinéma avec mon fils, et que je revois encore avec plaisir (et on s’est promis de le revoir prochainement) .

Mais le seul, le vrai, l’unique Zorro, c’est Guy Williams.

Peut-être avez-vous des souvenirs de Zorro ? Ils seront les bienvenus dans les commentaires de ce texte.

En tout cas, j’ai passé un bon moment à écrire ce texte et à faire remonter mes souvenirs de Courbevoie, de ma panoplie, de Sans Famille (qu’on a tous revus depuis) et de ZORRO.

Pour celles et ceux qui ont 26 minutes devant eux, le tout premier épisode de Zorro (certes colorisé) baptisé « le cavalier de la nuit » se trouve ici:

(Le 7 janvier 1965, était diffusé par l’ORTF le premier épisode de la série Zorro qui en compatit 78. Il est toujours diffusé. La preuve, hier soir, dans un restaurant, je l’ai entr’aperçu sur une télé !!)

© JM Bassetti 07/01/2013 Tous droits réservés.

© Amor-Fati 7 janvier 2013 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

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Ecrit 7 janvier 2013 par Amor-Fati dans la catégorie "Histoire réécrite", "Hommage

3 COMMENTS :

  1. By Domi on

    J’adore ! C’est chouette de revivre des moments comme ça ! Tu m’as même rappelé le titre de mon premier livre de lecture ! 🙂
    Dès que j’ai un moment, je visionne la vidéo ! 🙂

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  2. By Jacqueline Satterlee on

    De bons souvenirs de la télé et des Noëls de mon enfance en France!

    Répondre

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