mai 15

Uchronie britannique

boleynNous sommes au début de mars 1542. La jeune reine se promène paresseusement dans les allées de l’un des  châteaux que son royal mari lui a offerts. Sa fille Elisabeth, un peu plus de huit ans, marche à ses côtés. Il fait un temps superbe en ce début de printemps. Le roi Henri VIII d’Angleterre est fou amoureux d’elle et la couvre de bijoux et de cadeaux. Il faut dire qu’ils ne sont mariés que depuis neuf ans et que les nuages gris des amours finissantes ne sont pas encore passés au-dessus d’eux. Tout va donc pour le mieux.

Anne fait signe à l’une de ses soixante suivantes :

« Préparez donc mes bagages, Lily, sans rien oublier, nous partons en Ecosse, comme vous le savez et j’aimerais que tout soit prêt rapidement. Pensez surtout à des affaires chaudes, les châteaux sont glacés là-haut !

– Bien Milady, il sera fait comme vous le souhaitez. »

Et la servante, suivie de dix autres jeunes filles, s’éloigne vers sa nouvelle besogne.

Anne est heureuse. Sous un gant de velours, c’est bien elle la véritable patronne de l’Angleterre. C’est elle qui décide tout. L’affreux Henri VIII, tant redouté au début de son règne, lui mange dans la main. Aucune décision n’est prise à la Cour sans l’assentiment de la jeune femme au teint si blanc. Dernièrement, elle a réussi, et elle n’en est pas peu fière, à faire revenir l’Eglise anglaise dans le giron de la chrétienté romaine. Henri VIII, lors de leur mariage, et parce que le pape ne voulait pas annuler son hymen précédente, avait créé un schisme qui avait isolé l’Eglise anglaise. Quelle hérésie ! L’Angleterre vit heureuse sous le règne d’Henri VIII et de la reine Anne. Un couple adulé par tous les sujets britanniques.

 

[ C’est étrange, mais samedi dernier, lors d’un repas chez une amie, nous avons parlé de cette reine. J’ai même dédicacé un livre en la nommant (avec une faute d’orthographe, j’en conviens). Denis, angliciste érudit qui était assis à ma droite, me disait que l’Angleterre ne serait certainement pas ce qu’elle est actuellement si Henri VIII n’avait pas « zigouillé ses bonnes femmes »  (sic !).

Anne Boleyn, puisqu’il s’agit d’elle, ne se promènera jamais en mars 542 dans son château. Sur ordre de son mari, elle a été condamnée à mort le 15 mai 1536 et décapitée à l’épée  le 19.

Et si elle n’avait pas été exécutée ? Après tout, cela pourrait être possible, tant sa vie n’a été, au regard de l’histoire, qu’inexactitudes et suppositions….

Jugez-en plutôt…

Un historien pense qu’elle est née en 1499, un autre en 1512, ce qui est impossible, puisqu’elle a écrit une lettre à son père en 1514. A moins d’avoir été un bébé précoce, cela parait peu probable. Alors, faute de preuves, on a raccourci la fourchette entre 1501 et 1507. C’est déjà mieux.

La voilà donc née, quelle que soit sa date précise. Mais une autre question embarrasse les chercheurs : où est-elle née ? La tradition veut qu’elle soit née au château d’Hever dans le Kent, mais un autre historien, qui en est certain, je le jure, j’en mettrais ma main à brûler, dit qu’elle est née au château de Blicking Hall dans le Norfolk.

La gentille petite fille, aux dires de certains, souffrirait de polydactylie. Elle aurait donc, je vous le confirme, six doigts à une main. Certains jurent devant Dieu que c’est à la main droite, d’autres, tout aussi bien renseignés affirment que c’est à la gauche, et un autre groupe de courtisans qui l’ont côtoyée de près n’ont jamais rien remarqué de tel. Allez savoir !

Ce qui est sûr, par contre, c’est qu’elle avait une tache de naissance dans le cou. C’est d’ailleurs pour cela qu’elle portait un bijou : pour le cacher. « Ah bon, disent certains, je l’ai pourtant vue souvent sans collier et je n’ai rien remarqué ! »

Une incertitude de plus.

Anne avait un jeune frère et une sœur aînée. Mais vu l’incertitude des dates de naissances respectives, on ne sait pas trop si sa sœur ainée n’était pas en fait sa cadette…

Elle a bien été la femme la plus puissante du royaume, mais elle est vite devenue encombrante aux yeux de son mari. Encore une fois, les incertitudes planent au-dessus d’elle. Pourquoi est-elle tombée en disgrâce ?

Et si, une nouvelle fois, on refaisait l’histoire ? Si son mari ne l’avait pas accusée, certainement à tort, d’adultère, d’inceste et de trahison ? Si les tribunaux n’avaient pas suivi les ordres du souverain tout puissant ? Si le bourreau avait refusé de l’exécuter comme il l’a pensé à un moment.

Alors, certainement que Denis aurait raison et que l’Angleterre ne serait pas aujourd’hui ce qu’elle est. ]

 

(Anne Boleyn, accusée d’avoir eu plusieurs amants, dont son frère Georges, est trainée devant les tribunaux et condamnée à mort le 15 mai 1536. Le roi avait le choix entre le bûcher et la décapitation. Dans sa grande clémence, il a choisi la décapitation à l’épée, et a choisi lui-même un bourreau particulièrement adroit pour que l’exécution soit rapide. Il a suffi d’un seul coup d’épée pour exécuter la jeune femme. Elle avait 29 ans. Elle laissera quand même une grande place dans l’histoire, puisque Elisabeth, sa fille, règnera quarante-cinq ans sur l’Angleterre, sous le nom d’Elisabeth 1ère.)

 

 

© Amor-Fati 15 mai 2013 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr


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Ecrit 15 mai 2013 par Amor-Fati dans la catégorie "Histoire réécrite", "Hommage", "Uchronie

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