février 9

Un gouvernement idéal

jeanne

Perron de l’Elysée, Paris 16 h 45. Le nouveau Président de la République vient de créer son gouvernement. Deux cents journalistes se pressent devant les marches où le micro a déjà été installé.

La France attend avec ferveur l’arrivée du Secrétaire Général de L’Elysée, ou plutôt de La Secrétaire Générale, puisque tout le monde sait maintenant que c’est Mademoiselle Jeanne qui a été nommée à ce poste. Rappelons qu’elle a longtemps exercé ses fonctions de secrétaire au cabinet de Gaston Lagaffe, aux Editions Dupuis.

La voici qui apparait. Très élégante, comme à son habitude, elle porte une robe verte d’où, excusez-moi ce détail, dépasse un petit morceau de jupon blanc à dentelles. Ses longs cheveux roux sont retenus par un nœud rouge en une queue de cheval sauvage qui lui retombe au milieu des reins. Elle sort ses lunettes rondes qu’elle repousse sur le haut de son nez. Tranquillement, et avec l’assurance des grands de ce monde, elle ajuste le micro à sa taille.

Toute l’assistance est attentive et pendue à ses lèvres.

Des mains de Spirou, son nouvel assistant, elle se saisit de la feuille sur laquelle est inscrite la composition du nouveau cabinet ministériel que tout le monde attend impatiemment.

Le silence se fait brusquement parmi les journalistes qui se pressent de plus en plus et tendent leurs micros. On entend le ronronnement des caméras.

Mademoiselle Jeanne s’éclaircit la voix et tousse une ou deux fois pour se donner de l’assurance.

– Mesdames et Messieurs. J’ai tout d’abord l’honneur de vous transmettre un gros bisou de la part du nouveau Président de la République. Il a beaucoup travaillé depuis son élection la semaine dernière. Il a terminé la composition du cabinet ministériel dont je vais à présent vous donner lecture. Avant de partir à la Foire du Trône en visite d’état, il a tenu à nommer Monsieur Mickey Premier Ministre. C’était la nomination qu’il avait promise, il n’y a donc pas de surprise à ce point de vue, et la première de ses promesses électorales est donc tenue, ce dont nous nous félicitons. L’engagement numéro deux était qu’à partir de sa prise de fonction, il n’y ait plus jamais un enfant avec des pensées tristes. C’est pourquoi notre Président a décidé que chaque matin, il raconterait à la radio une histoire de Toto depuis son bureau, ici même à l’Elysée.

Un léger brouhaha se fait entendre parmi les journalistes. Déjà deux promesses électorales tenues. Cela tient de l’exceptionnel. Tout le monde attend de savoir si les autres seront tenues comme l’ont déjà été les deux premières.

– Comme il l’a promis, également, reprend Mademoiselle Jeanne, le Président de la République écrira ses discours en vers et musique. Chaque mercredi, jour de conseil, les ministres iront en pique-nique et rigoleront en chantant chacun leur tour.

Mademoiselle Jeanne n’est pas peu fière de son rôle et de l’impression que donne le début de sa déclaration. Gagnant en assurance, elle reprend :

– Monsieur le Président de la République, sur proposition de Monsieur Mickey, Premier Ministre a nommé :  Ministre d’Etat, Ministre de la Culture : Simplet. Ministre d’Etat et Ministre de la Police et de l’Intérieur : Tintin. Ministre d’Etat, Ministre chargé des Finances et du Budget : Picsou. Voici pour les postes-clés de ce gouvernement.

Incroyable. Le Président ne tient aucun compte des forces politiques en présence. Il a visiblement décidé de placer aux postes importants les personnalités les plus compétentes et celles dont le passé ne souffre aucune discussion. Mais laissons Mademoiselle Jeanne continuer.

– Ministre de la Justice : Zorro. Ministre de la danse : Minnie. Monsieur le Président a en outre nommé Tarzan ministre de l’Ecologie et Becassine ministre du commerce.

Tous, ils sont tous là ! Tous les plus grands, les plus responsables et les plus joyeux vont désormais tenir les rênes du pays.

– Ministre de l’industrie : Maya l’abeille.  Enfin, avec pour mission prioritaire d’installer des manèges sur toutes les esplanades, Monsieur le Président a nommé Coluche ministre de la rigolade.

Les journalistes applaudissent. C’est bien la première fois que la composition d’un cabinet ministériel est reçue avec autant d’enthousiasme.

– Monsieur le Président, dès aujourd’hui a décidé de rendre publiques toutes les pâtisseries. C’était un point important de la campagne électorale qui passe de l’état de promesse à celui de réalité. De plus, l’opposition n’existe plus et est dissoute à partir de maintenant.

Un journaliste coupe mademoiselle Jeanne.

– Et les corps diplomatiques, Mademoiselle Jeanne ? Que va-t-il faire ?

– Il les recevra la nuit dans une super disco à l’ambiance atomique. C’est ce qui était prévu, il me semble.

– Et la guerre ? s’enhardit le même journaliste.

– Elle sera faite à grands coups de rythmique, ce n’est pas une surprise pour vous, vous devez bien le savoir, vous qui êtes un spécialiste et qui avez interrogé le Président-candidat à ce sujet.

Mademoiselle Jeanne retire ses lunettes, tire légèrement sur sa robe pour masquer le jupon de dentelle qui a toujours tendance à dépasser et, sans papier cette fois, termine sa déclaration.

– Voilà, Mesdames et Messieurs, vous savez tout maintenant de la composition du cabinet qui va, à partir d’aujourd’hui diriger la France. Si vous avez quelques questions, je vous invite à me les poser autour du goûter qui a été préparé à votre intention. Vous allez pouvoir avancer à l’intérieur de l’Elysée. Dans le salon Murat, on vous servira de l’orangeade, de la grenadine et de la menthe, accompagnée de Palmitos, de pain d’épice et de Pépitos. Je vous remercie de votre attention. »

(Bon anniversaire à Gérard Lenorman qui a aujourd’hui 68 ans !!! A noter pour les Caennais, qu’il est né au château de Bénouville.)

© JM Bassetti 09/02/2013 Tous droits réservés.

© Amor-Fati 9 février 2013 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr


Copyright 2018. All rights reserved.

Ecrit 9 février 2013 par Amor-Fati dans la catégorie "Fiction", "Hommage

2 COMMENTS :

  1. By Loïc Le Dû on

    Non pas qu’il fut noble mais parce qu’y était installée une maternité où travaillait, si je ne m’abuse, la mère d’Annie Girardot.

    Répondre
  2. By JMB (Auteur) on

    Absolument. Sa mère avait seize ans. Il est né de père inconnu qui s’est avéré plus tard être un soldat allemand violoniste et chef d’orchestre. Les chats ne font pas des chiens….

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *