novembre 8

Un remède efficace

« Comment va le Roi ? demanda Archambaud de Bourbon au médecin qui se tenait près de la couche  royale.

– Il a passé une très mauvaise nuit, Monseigneur, répondit le praticien.

– Diantre, les choses ne s’arrangent guère. Il va nous falloir trouver puissant remède. A-t-il mangé quelque chose ?

– Que nenni Monseigneur, à peine quelques gouttes de brouet. Ce n’est point suffisant pour le remettre en selle.

La troupe royale était de retour vers Paris. La croisade des Albigeois avait été rude et difficile à mener. Mais le Languedoc était rentré dans le rang. Pour cela, il avait fallu mener force batailles, force combats. On avait brûlé les hérétiques, les cathares étaient décimés. Nimes, Castres, Albi, Avignon, Carcassonne étaient de nouveau soumis. Le sang avait coulé à flot, les bûchers avaient rougoyé pendant des jours et des nuits. Maintenant que cette expédition était terminée, Louis VIII était sur le chemin de la capitale. Il allait enfin retrouver sa Blanche ; Blanche de Castille qu’il n’avait pas vue depuis plusieurs mois.

Le passage du Massif Central avait été douloureux pour les 50000 hommes qui composaient l’armée royale. La dysenterie et la fièvre lacustre avaient décimé les rangs. Les intestins s’étaient vidés et les hommes rentraient beaucoup plus faibles qu’ils n’étaient partis. Le Roi n’avait pas été épargné par l’épidémie. A Montpensier, en Auvergne, Louis VIII fut pris d’une telle faiblesse que sa garde rapprochée crut qu’il allait passer. C’était le 29 octobre. Il y avait déjà plus d’une semaine. Depuis, l’état du souverain ne s’était guère amélioré, il avait fallu l’aliter et l’ost était arrêté. Comme embourbé en plein milieu du pays de France.

– Blanche, ma Blanche, soupirait le Roi dans un demi-sommeil, quand donc vous reverrai-je ? Quand donc passerons nous nouvelle nuit ensemble ?

– Bientôt, Sire, bientôt, lui répondit Archambaud de Bourbon.

– Meunier, prononça le conseiller en s’adressant au médecin, croyez vous que trop longue abstinence puisse nuire à la santé ?

– Certes Monseigneur, le Roi n’a guère sailli depuis notre départ il y a bientôt un an et les humeurs contenues dans le corps peuvent fermenter et former poison qui gâtent le sang du Roi.

– Nous lui avons pourtant  amené des ribaudes, des catins pour le réjouir un peu, il n’en a jamais voulu.

– Si fait, Monseigneur, il a à chaque fois repoussé les belles en expliquant que c’était pêché mortel que d’être infidèle à la reine.

– L’ heure n’est plus à la négociation, Meunier, il nous faut forcer le remède. Quelle est la plus belle garce de la troupe ?

– Fantine, qui travaille aux cuisines, est connue pour ses douceurs envers les soldats, Monseigneur.

– Non. Il lui faut une vierge. Déflorer une vierge est le seul remède qui pourra remettre notre roi en selle. Une bonne nuit de chevauchage sur une vierge lui fera remonter le sang au cerveau, par Saint-Michel.

Archambaud de Bourbon donna alors ordre à une troupe légère de partir dans le village proche du camp et de ramener deux vierges. Ce qui fut fait.

Les deux jeunes filles arrivées au camp, il les fit se déshabiller et leur donna ordre de s’étendre,  chacune d’un côté du souverain, dans la couche royale. Le roi dormait. Pendant son sommeil, il parlait encore et toujours de Blanche.

Catherine, l’une des deux vierges s’appuya sur son bras gauche et plaça sa main sur la poitrine du roi. Il ne bougea pas. Elle osa alors prendre la main du roi, la souleva et la posa sur ses seins. Le roi ouvrit un œil.

– Qui es-tu et que fais-tu dans mon lit, catin ? demanda Louis VIII. Ce faisant, il commença à caresser le mamelon de le jeune fille.

– Je viens vous aider à guérir, Sire.

C’est alors que le roi se retourna et aperçut la jeune Mahaut, à peine 15 ans, le corps blanc, la poitrine à peine visible.

– Diantre, dit-il, voilà deux belles femelles que l’on m’apporte là. Venez là toutes les deux.

Les deux jeunes filles, bien qu’inexpérimentées, s’approchèrent doucement du roi et commencèrent des caresses de plus en plus précises.

– Il est encore faible, dit Mahaut, faisons doucement pour ne pas le brusquer.

– Pas si faible que ça, répondit Catherine, regarde donc là.

Et les deux jeunes filles éclatèrent de rire en apercevant le royal membre qui commençait à gonfler et à se dresser le long de son ventre.

– Si fait, soyons bonnes et fortes, donnons plaisir au roi, il fera peut-être de nous des princesses, ajouta Mahaut.

Et les deux jeunes filles firent preuve d’imagination, donnant chacune leur tour du plaisir au roi qui reprit un peu de vigueur. En nage, le roi passait de l’une à l’autre, buvant par moments de grands verres d’eau rougie pour se donner de la force.

La semence royale coula à flot ce matin-là.

Deux heures passèrent ainsi et le roi appela.

– Qu’on nous apporte de quoi manger. Par Saint Georges, j’aimerais prendre pitance pour recommencer à saillir ces ribaudes qui ne demandent que ça !

Niché dans un recoin de la tente, Archambaud de Bourbon était aux anges. Il avait donc eu raison. C’était bien l’abstinence qui avait tenu le roi au lit si longtemps. Il avait trouvé le bon remède. Peut-être en serait-il également récompensé ?

Il fit apporter volailles, fruits, légumes, et fromages dans la tente du souverain. Celui-ci se jeta sur la nourriture, puis à nouveau sur les deux jeunes vierges, qui ne l’étaient plus d’ailleurs, par la force des choses.

– Si je vous fais bâtard mâle, vous le nommerez Louis en souvenir de moi. Si c’est une femelle, appelez la Blanche.

Le roi riait à pleines dents.

On laissa au roi trois jours pour se remettre complètement. Trois jours qu’il passa à manger, à rire et à raconter des plaisanteries, toutes plus licencieuses les unes que les autres.

Au matin du troisième jour, il recommença à monter à cheval.

Le 11 novembre aux aurores, le souverain donna ordre à la troupe de reprendre le chemin de Paris. Il abandonna les deux jeunes filles sans même un regard. Leurs rêves de princesses s’évanouirent et elles s’en retournèrent passer leur vie dans leur petit village d’Auvergne. A la fin de l’été 1227, Mahaut donna naissance à un petit Louis.

Louis rentra à Paris, retrouva Blanche de Castille à qui il fit treize nouveaux enfants.

(Le 8 Novembre 1226, meurt Louis VIII, dit « Le Lion », sur le chemin de retour de la croisade des Albigeois. Son plus proche conseiller, Archambaud de Bourbon, était réellement persuadé que l’abstinence du roi était cause de sa maladie. Il fit effectivement placer une jeune vierge dans le lit du roi, mais celui-ci refusa, expliquant qu’il ne voulait point commettre de pêché mortel en étant infidèle à son épouse. Faute d’avoir accepté son remède, Louis VIII mourut le 8 novembre 1226, à seulement 39 ans.)

© Amor-Fati 8 novembre 2012 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr


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Ecrit 8 novembre 2012 par Amor-Fati dans la catégorie "Uchronie

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