janvier 28

Une chouette journée

nicolas

Aujourd’hui, c’est mon anniversaire.

Hier soir, quand je suis allé me coucher, papa m’a pris dans ses bras et puis il m’a serré très fort. Il m’a fit un gros bisou, mais j’ai vite reculé ma joue parce qu’il piquait.

En fait, papa se rase le matin et il a la barbe très dure, ce qui fait que le soir, quand il m’embrasse, on dirait du papier de verre. Comme celui qu’il a utilisé pour poncer l’armoire de ma grand-mère, même qu’il a poncé trop fort et qu’au lieu de la vernir, il a fallu la peindre en bleu pour que les traces de ponçage ne se voient plus. Ma grand-mère a mis l’armoire dans la cave pour ranger ses pots de confiture au lieu de la mettre dans la salle à manger.

Il m’a pris dans ses bras, il m’a levé au-dessus de lui comme quand j’étais bébé.

Il m’a dit :

– Demain matin, tu seras un grand garçon. Tu vas avoir dix ans. Deux chiffres à ton âge, c’est drôlement important.

Et puis il m’a secoué un peu et il a voulu me lancer et me rattraper comme il faisait quand j’avais deux ou trois ans.

Mais il m’a mal rattrapé. Moi je suis tombé par terre, mais j’ai roulé comme quand on joue avec les copains et j’ai fini sur le canapé, mais lui, il a crié très fort en se tenant le dos, il s’est écroulé sur un fauteuil et il a appelé maman en lui disant qu’il s’était bousillé le dos à cause du gosse. Elle lui a fait des compresses d’eau chaude et il a crié très fort parce que l’eau était trop chaude. Alors maintenant, il est brûlé en plus.

Ce matin, au petit déjeuner, maman a mis des bougies sur mes tartines. Elle m’a dit qu’aujourd’hui, j’aurai des bougies sur tout ce que je mangerai, parce que dix ans, c’est drôlement important, c’est un jour unique dans ma vie et il faudra que je m’en souvienne encore quand je serai un vieux grand-père avec de la barbe aussi dure que celle de papa.

J’ai pris mon petit déjeuner tout seul, parce que papa est resté au lit. Il est couché sur le ventre et il dit Aïe, Aïe à chaque fois que je m’approche de lui. Il est un peu douillet je trouve.

Il a fallu que j’enlève toute la bougie qui avait coulé sur ma confiture de fraise, parce que pendant que maman faisait cuire mon chocolat, je suis parti préparer mon cartable et pendant ce temps-là, les dix bougies ont coulé et on ne voyait presque plus la confiture tellement il y avait de cire rose et bleue sur ma tartine.

Je suis parti à l’école. Au passage, j’ai retrouvé mon copain Brice qui m’attendait devant le commissariat. C’est un bon copain, Brice. Il est rigolo. Il est tout blond, tout rond, presque roux et il dit toujours des trucs marrants sur les auvergnats. Je ne sais pas ce que les auvergnats lui ont fait, mais il les aime pas en tout cas. Mais moi je m’en fiche, je suis de Neuilly, pas de Clermont Ferrand. Il m’a dit

– Bon anniversaire Nicolas, c’est drôlement chouette que tu aies dix ans aujourd’hui. J’espère qu’on va passer une bonne journée.

Et puis il m’a filé un coup de poing sur l’épaule et il est parti en courant. Moi, j’ai essayé de le rattraper, mais avec toute la bougie que j’avais mangée au petit déjeuner, j’avais un peu mal au cœur et je me suis arrêté.

Quand on est entré dans la cour, tous les copains étaient là. Ils m’ont fait une haie d’honneur devant la porte de l’école en chantant :

– Joyeux anniversaire, joyeux anniversaire Nicolas.

C’était drôlement sympa. Ils étaient tous là.

Il y avait Alain. C’est aussi un chouette copain, Alain, mais il est pas très rigolo. Il essaie souvent de raconter des histoires drôles, mais il se souvient jamais de la fin. Ce qui fait que Xavier lui dit toujours de commencer par la fin, comme ça on rigolerait dès le début.

Xavier c’est un petit gros qui est très gentil mais qui mange tout le temps. Il m’a demandé ce que j’avais eu pour mon petit déjeuner de mes dix ans, et quand je lui ai dit des bougies, il m’a dit qu’il aimerait pas fêter ses dix ans chez moi.

Alors Brice lui a dit « Tais-toi espèce d’Auvergnat » et il lui a donné une claque et ils se sont battus.

Monsieur Balladur a entendu du bruit, alors il est arrivé en courant pour séparer Brice et Xavier qui se roulaient par terre.

Monsieur Balladur, c’est le surveillant de l’école. Il est très vieux et il parle avec un air un peu comme s’il connaissait Louis XIV.

Il s’est penché vers les copains qui se battaient et il leur a dit :

– Je vous demande de vous arrêter !

Il est rigolo, Monsieur Balladur, parce qu’il dit toujours ça, et personne ne l’écoute. Il a attrapé Brice par l’oreille et il l’a mis au coin et Xavier lui a tiré la langue. Après, il est revenu vers nous et il nous a dit qu’on était tous des voyous et que plus tard, on serait des clochards et que nos parents pleureraient beaucoup et mourraient de chagrin d’avoir des fils aussi mauvais que nous. Mais Monsieur Balladur, il est un peu difficile de caractère. Il parait qu’il y a quelques années, il a passé un examen pour devenir surveillant général. Il pensait qu’il allait être reçu facilement, mais il a été collé. Il l’a pas digéré.

A un moment, la maîtresse a frappé dans ses mains et on a laissé Balladur au milieu de la cour et on est allé se ranger sagement, comme d’habitude.

On s’est assis à nos places et la maîtresse a dit

– Aujourd’hui c’est l’anniversaire de Nicolas. C’est le premier de la classe à avoir deux chiffres à son âge.

Alors, Jean-François s’est levé et il a dit que c’était pas vrai, que j’étais un tricheur, qu’en fait j’étais né après lui mais que j’avais inventé des histoires pour être le premier à avoir deux chiffres à mon âge. La maîtresse lui a montré son cahier avec ma date de naissance, mais il a répondu que c’était trafiqué, et qu’il voulait qu’on recompte parce qu’il était sûr que c’était lui le plus vieux. Alors, François, un autre copain, s’est levé d’un seul coup et il lui a donné un coup de dictionnaire sur la tête en lui disant que comme ça il serait plus intelligent.

François, c’est le premier de la classe. Il est tout brun, il répond toujours à toutes les questions mais tout le monde se moque de lui parce qu’il a les sourcils qui se touchent. Papa dit qu’il a vraiment une tête de premier de la classe. Mais Jean-François le soupçonne de tricher quand il y a des compositions et il recompte toujours sa moyenne et celle de François. Il aimerait bien être premier partout Jean-François. Mais il a pas les épaules, il parait.

Moi, je suis au premier rang, parce que je suis le plus petit de la classe. C’est pratique d’être au premier rang. Des fois, on voit les feuilles de la maîtresse avec les résultats des problèmes de calcul et quand elle est assise à son bureau, je fais semblant de faire tomber ma gomme ou mon crayon et j’essaye de voir sa culotte. Xavier a parié un pain au chocolat qu’elle avait une culotte rose, et moi, j’ai attrapé un torticolis à force de me tordre pour voir s’il avait raison, mais j’ai pas réussi à savoir.

Elle a commencé par la leçon de géographie et elle a dit qu’on allait étudier les volcans d’Auvergne et ça a mis Brice encore très en colère. La maîtresse l’a encore mis au coin et il a passé son temps à bougonner.

Elle a demandé :

– Comment s’appelle le plus grand volcan d’Auvergne ?

Jean-François a dit que c’était le Stromboli et François a dit que c’était pas le Stromboli, mais le Puy de Sancy et Jean-François a demandé qu’on vérifie parce qu’il se méfiait.

Xavier a leva la main et il a demandé ce qu’on mangeait de bon en Auvergne et la maîtresse lui a répondu de la potée, du fromage et du jambon, mais que ce n’était pas le but de la leçon et qu’on ferait mieux  se concentrer sur les volcans au lieu de dire des bêtises.

Dominique, c’est mon voisin, il s’est plaint à la maîtresse que je regardais sur sa feuille pour donner les bonnes réponses. Je l’aime pas trop Dominique ; Il est grand, il parle bien, mais des fois il a des allures un peu snob et ça m’énerve. Et puis Dominique, il ne m’aime pas non plus. Il me trouve tous les défauts et au début de l’année, quand j’ai voulu être chef de classe, il a raconté plein de mensonges sur moi, et j’ai pas été élu, c’est François qui a eu le plus de voix, mais Jean-François a demandé qu’on recompte.

J’ai dit que c’était pas vrai, que je ne regardais même pas sur la feuille de la maîtresse et je lui ai donné une grande baffe et il est tombé le nez dans l’encrier et il avait de l’encre violette plein la figure.

Alors, la maîtresse s’est fâchée, elle nous a donné une punition. Elle a dit :

– C’est quand même incroyable, vous êtes tous dans la même classe, vous devriez êtres copains, mais il y a rien à faire, vous trouvez toujours le moyen de faire  des histoires.

Et puis elle a dit que Vercingétorix avait gagné parce que son armée était soudée et que si un jour on voulait remporter quelque chose, il fallait qu’on s’entende bien. Et Brice a crié parce que la maîtresse a eu le malheur de dire que Vercingétorix était auvergnat.

Et elle nous a dit de prendre nos Bled et de faire tous les exercices de la page 54.

Et elle s’est assise à son bureau.

Et j’ai fait tomber ma gomme.

Trois fois.

A midi, je suis rentré chez moi pour manger. Maman avait fait du hachis Parmentier avec des bougies et après j’ai eu du fromage avec des bougies. Elle a porté à manger à papa sur un petit plateau parce qu’il ne peut toujours pas se lever. Il a même eu du mal à s’assoir dans son lit pour manger. Mais il a de la chance, parce qu’il n’avait pas de bougie dans son hachis.

Quand j’ai eu fini de manger, il y a Tonton Jacques qui a téléphoné et qui m’a souhaité un bon anniversaire. Mais en fait, j’ai appris plus tard  que c’était maman qui avait appelé Tata Bernadette pour lui demander  de dire à  Tonton Jacques de m’appeler parce qu’il perd un peu la boule en ce moment et qu’il ne se souviendrait pas de mon anniversaire. Ça ne m’étonne pas qu’il ait des problèmes, parce qu’il m’a appelé François pendant tout le coup de téléphone.

Et puis maman m’a dit qu’il fallait que je retourne à l’école et que elle, elle devait retourner au magasin racheter des bougies pour ce soir parce que j’avais tout mangé.

Ce soir, elle m’a dit qu’elle me faisait une tarte aux pommes, et que jeudi, je pourrais inviter mes copains pour un chouette goûter et que même si je voulais je pourrais inviter des filles parce que quand on a deux chiffres à son âge, on peut aussi voir des filles.. Alors, je dirai à Rachida, Michèle, Nathalie et Amélie de venir. J’espère juste qu’il n’y en a aucune qui est auvergnate, sinon ça va encore faire un tas d’histoires.

Ma journée d’anniversaire, c’était une chouette journée. Je m’en souviendrai toute ma vie.

(Le 28 Janvier 1965, le petit Nicolas Sarkozy a eu deux chiffres à son âge. Il a un peu vieilli depuis. Par contre, il n’a pas grandi… (je sais, c’est facile, mais j’ai pas pu m’empêcher…).

© JM Bassetti 28/01/2013 Tous droits réservés.

© Amor-Fati 28 janvier 2013 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr


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Ecrit 28 janvier 2013 par Amor-Fati dans la catégorie "Fiction", "Hommage

3 COMMENTS :

  1. By Lacaze on

    Ce texte-là vaut 10 sur 10. Mais où vas tu chercher tout ça ? Quand je pense qu’il y a encore des gens qui ne lisent pas tes uchronies….

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    1. By JMB (Auteur) on

      Merci Sylviane !!!
      Ils ne savent pas ce qu’ils ratent !!
      Fais de la pub autour de toi !!!
      Bisous

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  2. By Loïc Le Dû on

    Je me suis permis de mettre le lien sur un site de supporters de Malherbe un peu spéciaux . Peut-être certains seront-ils intéressés. Tu t’es inspiré d’une histoire du Petit Nicolas en particulier (je parle de celui de Goscinny bien sûr) ou tu as tout inventé ?

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