avril 24

Une maladie inconnue

evierParents, vous n’imaginez même pas ce que vivent vos enfants. Comme ça, en regardant votre ado qui vit à la maison, vous le croyez équilibré, calme, tranquille, menant une vie sereine entre sa musique, sa chambre, le lycée, sa chambre, son portable, sa chambre, la télé, son ordi, son portable, Mac Do, son portable  et sa chambre.
Vous avez parlé avec lui (ou avec elle, ce texte est unisexe, valable pour les ados et les adoes..) du lycée ou du collège, des relations parents- profs, enfants-parents et vous pensez, à juste titre que tout s’améliore.
Vous avez parfois encore du mal à ce que la chambre soit rangée, le linge mis au sale et la toilette faite convenablement et dans les temps. Mais l’un dans l’autre, pas vraiment de quoi vous plaindre. Chez votre meilleur(e) ami(e), c’est bien pire !
Vous avez réglé les heures de réveil, de coucher, de sortie, de retour et tout semble rouler comme sur des rails.
Vous avez parlé alcool, drogue, sexe, préservatifs, rapports protégés. Tout parait bien compris et votre enfant a l’air de bien accepter vos remarques et vos idées.
Vous êtes ouvert(e) à la discussion, il le sait et vous en sait gré. Vos rapports sont plutôt bons, même quand vous parlez argent, ce qui n’est pas le cas dans d’autres familles.
Au niveau du boulot, tout va plutôt pas trop mal. Certes, ce n’est pas tous les jours l’enthousiasme, la grande joie d’aller à l’école, mais vous vous dites que c’est normal, que vous-même ne donnez pas toujours le bon exemple. D’ailleurs, allez-vous chaque jour au boulot avec le sourire et sans râler un petit peu ?
Alors, vous vous dites que la vie est douce, que, bon an mal an, vous avez plutôt bien réussi votre travail de parent et que vos enfants n’ont pas de stress ni d’anxiété qui leur pourrit la vie.
Détrompez-vous !!! Un mal incurable et dangereux guette pourtant vos enfants !

La Lavevaisselleophobie.

A partir de douze ans environ, et pendant une durée indéterminée qui varie selon les individus, un danger plane sur nos chères têtes blondes. Un mal que vous n’imaginez même pas. Un mal dont vous avez peut-être vous-même souffert, mais qui s’est atténué avec le temps. C’est une douleur insidieuse dont les enfants ne veulent pas parler. Aucun médecin n’a la solution. Les psys sont étrangement silencieux sur le sujet. Les revues de parents n’en parlent que peu tellement le mystère est épais.
L’essence même du mal tient en une seule et unique question : « Quel danger guette les enfants entre l’évier et le lave-vaisselle ? »
Pourquoi, si, un enfant accepte de débarrasser son assiette, son bol, son verre, ou un saladier qu’il a utilisé, le pose-t-il toujours dans l’évier et jamais dans le lave-vaisselle ?
Pourquoi vos demandes répétées n’ont-elles aucun effet ?
Pourquoi à votre réflexion « Tiens, mets donc ton bol dans la machine tant que tu y es », ne recevez-vous jamais la moindre réponse, si ce n’est un « Ouais ouais » évasif ?
Pourquoi cette peur irraisonnée de l’évier et de la machine à laver la vaisselle ? Y a-t-il un loup-garou, un elfe, un korrigan, une fée, un être venu d’ailleurs qui rôde entre ces deux lieux stratégiques du domicile familial ?
Oh bien sûr, parfois vous essayez d’aborder le sujet, en choisissant soigneusement vos mots pour ne pas affronter le mal trop directement, mais vous sentez bien que la tension est vive, que les craintes sont présentes et qu’il vaut mieux ne pas insister. Parfois, vous tentez de faire le forcing. Vous insistez, voire même vous vous dites « Non, non et non, je ne rangerai pas le bol, elle va le faire elle-même », mais vous craquez vite, voyant qu’au bout de vingt-quatre heures, les tensions ne sont pas retombées et le bol toujours dans l’évier.
Et vous avez besoin de laver la salade.
Souvent d’ailleurs, cette crainte d’ouvrir le lave-vaisselle se prolonge dans le temps, tourne à l’obsession et la vaisselle s’accumule dans l’évier. On commence par un verre, puis deux, puis une cuiller, puis un bol et une assiette… Chaque passage de votre enfant dans la cuisine est pour lui une source de tracas. Remarquez d’ailleurs que s’il est parfaitement capable de prendre quoique ce soit dans le frigo ou dans un placard, il lui est souvent beaucoup plus difficile de le remettre, de le ranger à la place où il l’a pris, voire même de mettre le papier, la bouteille ou le paquet vide  à la poubelle si nécessaire…. N’est-ce pas là le signe d’un vrai malaise, d’un véritable mal de vivre que notre société ignore superbement ? Pourquoi le gouvernement n’a-t-il jamais pris la moindre mesure pour éradiquer le problème qui touche quand même 94,5% des familles françaises ? Pourquoi la question n’a-t-elle pas été évoquée lors des dernières élections municipales ?
Maintenant que j’ai levé le lièvre, que j’ai parlé sans crainte de ce sujet tabou, que faire ? Alerter les pouvoirs publics ? Se regrouper en association ? Créer une page facebook, voire un site pour parler sans crainte du sujet ?
A la suite de la lecture de cet article, n’hésitez pas à briser le tabou, à en parler avec vos enfants. Peut-être aurez-vous une réponse, peut-être arriverez-vous à tuer le mal dans l’œuf. Mais surtout, ne prenez pas de risque et pensez avant tout à l’équilibre de votre famille. Agissez petit à petit, doucement, avec tact mais fermeté. Faites ranger d’abord un verre, puis une cuiller. N’essayez pas d’aller trop vite. Procédez par étapes. N’allez pas tenter de faire ranger tout un repas d’un seul coup. Le reste de la journée serait immédiatement gâché !
Et surtout, surtout, n’hésitez pas à nous faire part de vos commentaires à la suite de cet article. Vos points de vue nous intéressent. Evoquez vos problèmes si vous avez besoin d’en parler, nous sommes à votre écoute, et peut-être que la communauté des lecteurs de cet article arrivera même à répondre à vos demandes.
Et surtout, à tous bon courage pour affronter la lavevaissellophobie au quotidien.

© JM Bassetti 24 Avril 2014. Reproduction interdite sans l’accord de l’auteur.

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Ecrit 24 avril 2014 par Amor-Fati dans la catégorie "Au fil des jours

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