avril 23

Vive la mariée !

shakespeare

L’église est pleine à craquer.

C’est jour de fête dans cette petite ville d’Italie inondée par le soleil.

Les mariés sont arrivés de bonne heure.

Elle, au bras de son père, est radieuse, belle comme une fleur au printemps. Sa longue robe traîne derrière elle, retenue par une nuée de jeunes filles dont les costumes sont semblables à celui de la reine de la fête. Elle porte un diadème de fleurs et son bouquet, qu’elle lancera symboliquement pendant la soirée est uniquement composé de roses, dans un dégradé de couleurs rarement  vu.

Papa, lui, est un peu coincé. C’est dans sa sa nature. Ce n’est pas un homme jovial. Il a beaucoup de responsabilités, ou, du moins, pense en avoir, et a un peu de mal à se dérider. On le sent mal à l’aise dans son costume croisé. La fleur qu’il porte à la boutonnière apporte une touche de gaité, mais son sourire est quand même un peu figé. Cependant, l’amour qu’il porte à sa fille est sincère, et, même s’il a du mal à accepter ce mariage, il avale la couleuvre avec beaucoup de tact et ne laisse paraître ni déception, ni amertume. Certes, il aurait préféré que sa fille épousât un autre gentilhomme, il avait d’autres vues pour elle, mais si c’est celui qu’elle a choisi et qu’il saura la rendre heureuse, alors, il accepte, sans retenue cette union puisqu’il en est ainsi et qu’il n’a pas vraiment eu le choix. C’est la première fois qu’on le met devant le fait accompli, ce qui explique un peu son air coincé et peu amène.

Déjà, dans l’allée centrale de l’église, le marié s’avance au bras de sa mère. Il est souriant, porte le regard haut et, comme on dit, le roi n’est pas son cousin. Milady, à son côté, est souriante aussi. Elle avance, comme son fils, le front haut et fier. Aujourd’hui est un grand jour. Toute la ville va savoir que son garçon chéri a épousé la plus belle fille de la ville, celle que nombre de jeunes hommes auraient voulu avoir à leur bras. Elle avance fièrement vers l’autel et le prêtre qui les attendent. Elle n’a pas un regard pour toutes ces femmes qui ne peuvent s’empêcher de la jalouser. Aujourd’hui, jour des épousailles de son fils, elle les dépasse toutes.

Arrivé près de l’autel, le jeune homme se place devant sa chaise, mais n’ose s’asseoir. Il opère un quart de tour sur lui-même pour se retrouver face à l’allée de l’église parsemée de pétales de roses lancés par les enfants qui le suivaient. Le chemin de sa dame doit être le plus doux et le plus agréable qu’il soit. Il pense déjà à la soirée qui va suivre la cérémonie. Les danses, les rires, la musique et les bons mots. Il espère que les deux familles feront l’effort de paraître unies, au moins pour ce soir. Beaucoup de griefs et de coups bas ont précédé ce jour béni. Il est conscient de tous les efforts, de tous les coups bas qui ont été déployés pour empêcher cette union qu’il voulait au plus profond de lui. Enfin, il va épouser la femme qu’il aime, même s’il sait qu’au sein même de sa famille, nombreux ont été ceux qui ont souhaité son échec.

Et la voilà qui s’avance, céleste et légère. Dans moins de dix minutes, elle sera sa femme. Elle sera celle qui vivra à ses côtés, qui lui donnera de beaux enfants qui uniront à jamais ces deux familles qui se sont jadis déchirées. Son pas est souple, elle semble avancer sans regret ni retenue vers son futur mari. Elle semble voler. Les curieux n’ont d’yeux que pour elle, tellement son bonheur resplendit dans son regard.

Face à l’homme d’église, les voilà maintenant qui font face à leurs responsabilités. Ils savent que beaucoup attendent qu’ils flanchent, mais leur amour est entier, sincère, profond, et rien ne saura les dévier de la route qu’ils ont décidé de tracer ensemble.

Le prêtre place l’étole sur leurs deux mains unies et d’une voix forte et sans la moindre hésitation, s’adresse au jeune marié :

« Roméo, acceptes-tu de prendre pour épouse Juliette Capulet ici présente pour la bénir et la chérir tout au long de ta vie ?

– Oui, je le veux, répond le jeune homme sans la moindre hésitation.

– Et toi, Juliette, reprend le prêtre, acceptes-tu de prendre pour époux Roméo Montaigu ici présent, pour le bénir et le chérir toit au long de ta vie ?

Juliette n’a pas l’ombre d’une seconde de réflexion. Sa réponse frise l’enthousiasme. Elle regarde son amoureux droit dans les yeux.

– Oui, je le veux, répond-elle, le regard perdu dans celui de Roméo.

– Roméo et Juliette, enchaîne l’homme d’église, je vous déclare mari et femme devant Dieu tout puissant.

Et chose rarement vue dans une église italienne, l’assemblée applaudit comme pour sceller cette union que beaucoup avaient imaginée voire souhaitée impossible.

(Le 23 avril est un jour double pour William Shakespeare, puisque c’est à la fois le jour de sa naissance et celui de sa mort. Il est né le 23 avril 1564 à Stratford upon Avon et mort, dans cette même ville, le 23 avril 1616, jour de ses cinquante-deux ans.)

© JM Bassetti 23/04/2013. Tous droits réservés.

 

© Amor-Fati 23 avril 2013 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr


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Ecrit 23 avril 2013 par Amor-Fati dans la catégorie "Fiction", "Uchronie

1 COMMENTS :

  1. By Loïc on

    Shakespeare valait bien quelques jours de « repos ».
    2 petites coquilles : « gaîté » ou « gaieté » au lieu de « gaité » et « tout » au lieu de « toit » ici : « le chérir toit au long de ta vie « .

    Répondre

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