décembre 21

Vous entendrez parler de lui

neige

21 décembre 1912.

Illiad Humonde n’a rien mangé depuis trois jours. Il erre dans la forêt à la recherche de baies ou de champignons.

Mais en décembre, que voulez-vous trouver ?

Le gibier s’est caché, beaucoup d’animaux hibernent, la végétation est en repos. Ici, dans la campagne ukrainienne, l’ensemble de la région est recouverte de 20 centimètres de neige.

Voilà maintenant dix jours que Illiad est parti de chez lui. Au retour d’une soirée bien arrosée, il est entré dans la maison et a renversé tous les meubles. Yorad son père et Laplubeld sa mère ont été réveillés en sursaut. S’en est suivie une bagarre que d’aucuns ont décrit comme épique. Illiad a tout cassé, a frappé ses parents, a assommé son frère Jévud, son cousin Championd et sa cousine Leboud.

Au matin, Illiad avait dessaoulé. Pris par la honte d’avoir été le bourreau de sa famille, il a pris la fuite. Il a marché pendant des heures, évitant les routes fréquentées, il voulait juste se cacher, ne pas montrer sa tête de délinquant, de voyou.

Il a d’abord été pris par la soif. Malgré le froid vif qui sévissait sur la région, Illiad avait chaud, très chaud. Il faut dire qu’il était bien couvert. Une toque de fourrure, des grosses bottes de cuir, et des moufles. En Ukraine, on a l’habitude des conditions extrêmes, aussi s’habille-t-on en conséquence chaque jour.

Les premiers jours, il a mangé ce qu’il avait emporté de la maison, ce qu’il avait pu trouver avant de partir. Mais sans faire attention, sans imaginer qu’il allait rester dehors si longtemps.

Il s’assoit au pied d’un arbre et il rêve. Il se souvient des bons repas que cuisinait amoureusement sa mère. Il revoit toute la famille Humonde réunie autour de la table pour savourer de l’ours farci aux lentilles (et pas l’inverse), du rôti de marmotte ou une bonne tourte aux cailles (et pas l’inverse).

Et aujourd’hui, 21 décembre, Illiad Humonde est tenaillé par une envie irrésistible de manger. Une faim qui le tenaille des pieds à la tête, qui lui noue l’estomac. Une faim comme il n’en a jamais connue. Une faim que peu de gens dans leur vie ont rencontrée. Une faim qui est restée dans les annales, dans toutes les mémoires.

D’ailleurs, c’est une expression qui est toujours utilisée de nos jours, un siècle plus tard. Tous les journaux en parlent en ce moment. Le 21 décembre, c’est le jour de la faim d’Humonde.

© JM Bassetti 21/12/2012 Tous droits réservés

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Ecrit 21 décembre 2012 par Amor-Fati dans la catégorie "Fiction", "Uchronie

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