octobre 29

Rien que des mensonges

Hier, sur ma page auteur Facebook, j’ai sollicité mes « amis ». Je leur ai demandé de me proposer une phrase qui pourrait être le début d’un texte. Une phrase, courte ou longue, qu’importe. J’ai reçu une douzaine de propositions. Après les avoir bien regardées, j’en ai retenu une pour aujourd’hui et une pour un prochain texte.

La phrase choisie est celle de mon amie Christelle : Ce matin-là, elle se leva la boule au ventre…

Bonne lecture !! Et comme d’habitude, n’hésitez pas à commenter…


Ce matin-là, elle se leva, la boule au ventre. Elle avait mal dormi, tourné dans le lit pendant toute la nuit. Surtout ne pas le réveiller. Ne pas lui donner la possibilité de la toucher, même de la frôler. Quand il était venu se coucher, elle n’avait pas bougé, avait gardé les yeux bien fermés et s’était appliquée à avoir une respiration régulière. Quand il avait posé la main sur son épaule, elle avait frissonné mais ne s’était pas retournée, n’avait pas réagi. Quand il s’était levé pour partir travailler, elle n’avait pas bronché, pas même quand il avait déposé un baiser près de son oreille.

C’était toujours comme ça. Quand il revenait de « soirée », comme il disait, il était pris d’un accès de mauvaise conscience et cherchait à se faire pardonner. C’était trop dur pour lui. Il fallait qu’il soit câlin et qu’elle soit câline pour qu’il puisse s’endormir apaisé et la conscience tranquille. Qu’importe qu’elle ait passé la soirée devant la télé. Aucune importance qu’elle soit allée se coucher seule et qu’elle ait attendu une partie de la nuit. Du moment qu’elle était gentille au moment où il le désirait. Lui donner de l’amour, c’était lui donner son absolution.

Elle savait que la situation ne pourrait plus durer. Elle avait cru pendant des mois à la partie de poker avec des copains. Elle avait écouté ses bonnes et mauvaises mains le matin, assise dans le lit devant la tasse de thé qu’il lui avait apporté. Toujours cette mauvaise conscience ! Elle s’était réjouie avec lui quand il avait gagné. Elle avait été compatissante et compréhensive quand il avait perdu. Elle avait tout gobé, tout cru, tout avalé depuis trop longtemps. Des mensonges. Rien que des mensonges.

Jusqu’à ce qu’un jour, il oublie son portable sur le lit en allant se doucher. Déjà se doucher avec son téléphone, ça aurait dû l’alerter ! Il s’était allumé et avait affiché la notification « Mathilde : Vivement tout à l’heure ! Je t’aime ». Le monde s’était écroulé en huit mots et en une seconde. Elle l’entendait chanter sous la douche et elle savait qu’il mentait. Et qu’il mentait sûrement depuis longtemps.

Elle avait alors guetté son portable. Et elle avait surpris plusieurs messages du même genre, avec des prénoms différents. Viviane, Margot, Karine… Plus les semaines passaient et plus elle se rendait compte qu’il n’était pas l’homme qu’elle avait connu et qui était venu s’installer chez elle un an plus tôt.

Et elle savait que ce soir, il avait rendez-vous avec une certaine Loona qu’il avait connue sur Facebook et avec qui il correspondait depuis un mois déjà. Elle suivait chaque jour ses conversations sur les réseaux sociaux. C’était facile, son mot de passe était le même sur tous les sites qu’il fréquentait. Il devait la rejoindre dans un café de la place des Tilleuls à 20 h30 pour une coupe, avait-il proposé. « Et plus si affinité », avait-il ajouté finement ! Ce à quoi la belle Loona avait répondu « pourquoi pas ? en ajoutant des petits emojis évocateurs et qui ne laissaient aucun doute sur son accord tacite.

La journée passa très vite. Elle avait tellement à faire aujourd’hui. Pas une minute à elle. Pas une seconde sans rien faire. Il fallait qu’elle soit prête à temps.

A 20 h, son téléphone sonna. Un message : « Poker chez Christophe ce soir. Ca risque de durer un peu. Couche toi, je te retrouve en rentrant. Je t’aime. »

A 20h30, en montant dans sa voiture, elle prit son téléphone et rédigea le message qu’elle avait déjà écrit cent fois mentalement : « Désolée, j’aurai sûrement du retard pour notre petite soirée, je suis partie huit jours au soleil. J’ai fait changer les serrures de l’appartement. Tes affaires sont dans le local à poubelles. Méfie-toi, ils passent dans une heure. Bon poker avec Christophe. Loona. »

© Amor-Fati 29 octobre 2018 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr


Copyright 2018. All rights reserved.

Ecrit 29 octobre 2018 par Amor-Fati dans la catégorie "Non classé

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *