février 11

Le mystère de la 4 CV verte

Voici votre chevalet : une petite ville française

Voici vos pinceaux : un père absent, une mère stricte, deux filles jumelles et sages, un frère au look grunge Rock’N Roll, une grand-mère gâteau et un grand-père grincheux.

Voici vos couleurs : au cœur de l’hiver

Voici votre toile : l’une des deux jumelles revient de l’école catastrophée car elle a vu sa sœur monter dans une voiture inconnue qui a démarré en trombe.

 Avec ce matériel, peignez une mini fiction de 1500 mots maximum dans laquelle vous raconterez ce qui est arrivé et les réactions des uns et des autres. Vous pouvez utilisez tout ou partie des pinceaux mais il vous faudra recouvrir toute la toile.

 

4cvCe soir, quand je suis rentré de l’école, maman faisait une drôle de tête. Elle avait l’air de se faire du mauvais sang, comme dit mémé. Elle a quand même préparé à manger et pendant le repas, elle a fini par craquer parce que papa trouvait qu’elle ne nous servait pas assez vite et que bon, lui il était fatigué parce qu’il avait travaillé toute la journée pour nourrir sa famille et que c’était pas drôle du tout et que personne ne se rendait compte de ce qu’il faisait chaque jour pour sa famille.

Elle a raconté qu’elle était allée chez le coiffeur cet après-midi. Maman, elle va chez le coiffeur toutes les semaines. Des fois, elle revient avec les cheveux qui ont une drôle de couleur, même qu’un jour, elle est rentrée avec la tête verte et bleue et que papa lui a demandé si un oiseau lui avait fait caca sur la tête. Donc maman, en rentrant, elle nous a raconté que Madame Leroy avait vécu quelque chose d’affreux hier. Madame Leroy, c’est la cousine de  la tante de la voisine du frère de la coiffeuse. Elle  habite de l’autre côté de la ville, dans un quartier où il y a des immeubles où papa me dit qu’il vaut mieux que je ne m’approche pas trop parce que des fois, il y a des gens pas très fréquentables qui traînent le soir. Madame Leroy a deux grandes filles, plus grandes que moi bien sûr.  Les filles de Madame Leroy, elles s’appellent Lydie et Sophie, et c’est des jumelles. Même que papa a dit à Monsieur Lefèvre qu’il ne leur manquait que la courroie et l’étui et ça les a bien fait rigoler, et ils ont repris une bière mais moi je ne comprends pas pourquoi ils rigolent comme ça pour des bêtises.

Donc, à cinq heures et demie, Lydie a ouvert la porte de l’appartement des Leroy, au sixième étage de l’immeuble, elle a balancé son cartable dans l’entrée et elle a filé directement dans sa chambre sans passer par la cuisine prendre son pain-beurre et sa barre de chocolat que Madame Leroy lui prépare tous les jours. Madame Leroy, ça l’a drôlement étonnée alors elle est allée voir ce qui se passait. Et Lydie lui a expliqué qu’en sortant du lycée, il y avait une 4 CV verte qui était garée un peu plus loin dans la rue. A un moment, la fenêtre s’est ouverte et le conducteur a passé le bras dehors et il s’est mis à klaxonner. Alors Sophie s’est approchée de la voiture en marchant vite, son sac sur l’épaule, et puis elle s’est penchée vers la voiture et elle est montée et le chauffeur a démarré en trombe sans mettre son clignotant.

« Tu te rends compte ? a demandé maman.

– Oui, a répondu papa. Sans mettre son clignotant, c’est drôlement dangereux, il aurait pu avoir une amende, et puis passe-moi le pain parce que j’ai envie de saucer mon assiette. »

Maman a levé les yeux au ciel, elle a soufflé en l’air et puis elle a tendu la baguette à papa et il a pris le crouton sans même se servir du couteau à pain. Et maman a continué son histoire de coiffeuse et de Madame Leroy et de 4 CV.

Madame Leroy a demandé à Lydie si elle connaissait le gars à la 4 CV verte et Lydie a répondu que c’était la première fois qu’elle voyait la voiture et que le gars, elle ne l’avait pas vu puisqu’il était dans la voiture et qu’il commençait à faire nuit. Alors maman a demandé à la coiffeuse si c’était pas Rodolphe, le grand fils des Leroy qui était revenu et qui était venu chercher sa sœur à la sortie du lycée. Rodolphe, il a au moins vingt ans et l’année dernière, il est parti au service militaire  en Allemagne parce qu’il avait participé à des manifestations et que la police l’avait repéré. C’est à cause de lui que papa me dit qu’il ne faut pas que j’aie les cheveux longs et qu’il faut que je me lave les mains après avoir fait pipi, sinon j’irai en Allemagne dans les bataillons disciplinaires. La coiffeuse a répondu à maman que ce n’était pas possible parce que Rodolphe était aux arrêts parce qu’il avait oublié de saluer le commandant en passant dans un couloir. Et papa en a profité pour me rappeler qu’il fallait être très poli et dire bonjour à tout le monde surtout aux personnes plus âgées que moi et que c’était normal que Rodolphe soit puni.

Après, il parait que la maman de Madame Leroy a téléphoné pour demander si elle pouvait passer chercher des œufs parce qu’elle n’en avait plus et que l’épicerie était fermée et qu’elle voulait faire des œufs au lait pour son mari. Madame Leroy lui a répondu que quand on n’a pas d’œufs, on ne fait pas d’œufs au lait, ni d’omelette, ni d’îles flottantes et qu’elle n’avait qu’à faire une tarte aux pommes et on verra bien demain pour les œufs au lait. Madame Leroy lui a expliqué pour Sophie et la grand-mère des jumelles a répondu que les jeunes de maintenant exagéraient, que tout leur était dû et qu’ils disparaissaient pour un oui pour un non. Elle a aussi dit que Monsieur Leroy avait quitté la maison au moment où les enfants étaient en pleine croissance et Madame Leroy, ça lui a pas plu, et elle a crié, elle a traité sa mère de tout un tas de mots que papa ne veut pas que je répète et Madame Leroy lui a raccroché au nez.

A sa mère, pas à papa.

Papa a demandé à maman ce qu’il y avait comme fromage et maman a répondu qu’elle n’avait pas eu le temps d’en acheter parce qu’elle était rentrée tard de chez le coiffeur à cause de l’histoire de Madame Leroy. Papa lui a dit qu’elle exagérait, qu’elle n’avait rien d’autre à faire que de s’occuper de la maison et que c’était tout le temps lui qui se saignait aux quatre veines pour tout le monde et qu’un jour on le retrouverait mort d’épuisement tellement il se donnait à fond et que c’était la dernière fois qu’il n’y avait pas de fromage.

Maman a voulu raconter la fin de l’histoire de Madame Leroy, mais papa lui a répondu que ça ne l’intéressait pas, qu’il voulait maintenant se mettre dans le fauteuil et regarder Léon Zitrone parce qu’il était l’heure et qu’il se passait dans le monde des choses bien plus importantes que ce que peut bien raconter la coiffeuse. Et que ça le reposait de se mettre un peu au calme.

Moi, maman m’a demandé d’aller me brosser les dents, de faire pipi, de me laver les mains et d’aller me coucher parce que demain il y a école. J’aurais bien voulu savoir si Sophie était revenue et qui était le gars qui était dans la 4 CV verte. J’ai demandé à maman. Elle m’a dit de ne pas m’inquiéter, que Sophie était rentrée tard le soir et que ce n’était pas grave. Et elle a ajouté tout fort pour que papa entende que maintenant, il y avait une différence entre les jumelles. Que Sophie était devenue une femme avant Lydie.

Là, je n’ai pas vraiment compris mais je n’ai pas osé poser de questions.

Je suis allé faire pipi.

 

Ver sur mer le 29 Janvier 2014.

© Amor-Fati 11 février 2014 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr


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Ecrit 11 février 2014 par Amor-Fati dans la catégorie "Atelier d'écriture

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