Amor-Fati,  Au fil des jours

Radis ou vert ?

Floirac.

Agglomération de Bordeaux.

École Léon Blum.

Cour de récréation.

Samedi 27 mai 1967. 10h20.

Je suis dans la cour avec mon copain Alain.

Étions nous en train de jouer aux billes ou de discuter ou de jouer à autre chose, je ne m’en souviens pas.

Ce dont je me souviens, c’est de l’arrivée d’une bande de trois garçons de Fin d’études qui se plantent devant moi, l’air menaçant.

« Eh toi, le Parigot, T’es Radis ou t’es vert ?

– Quoi ?

– Il te demande si t’es radis ou si t‘es vert, c’est pas compliqué !

Je ne comprends rien. Qu’est-ce que ça veut dire ? Radis ou vert ? Et pourquoi cet air agressif ?

A ma tête, ils voient bien que je suis complètement dans l’ignorance totale de ce que signifie cette question qui n’a aucun sens pour moi.

Alors ils insistent :

– Parisien, tête de chien, Radis ou Vert ? dit l’un.

– Putain, Parigot, tête de veau , réponds quelque chose quand on te pose une question ! Ou on t’en met une, ajoute un autre.

Alain essaie d’intervenir, mais il se fait tenir en respect par un gros costaud.

– Bon Bassetti Spaghetti, tu te décides, oui ou non ?

– Si tu sais pas, dis au hasard, mais choisis bien, sinon…

Alors, terrorisé et voyant d’autre part qu’Alain ne pouvait m’être d’aucun secours, je hasarde:

– Radis !

– Ah, c’est bien, mon petit Parigot Buitoni. C’est bien. Tu as raison.

– Allez, continue à jouer, Bassetti Ravioli .

Et la bande complète tourne les talons et part dans un autre coin de la cour poser la même question à Philippe, un autre élève venant de la région parisienne.

De là ou je suis, je les entends :

– Eh Parigot, t’es Radis ou t’es vert ? »

Cette histoire est totalement vraie. J’étais en CM1 chez Monsieur Rattier avec 2 t. Nous arrivions de Courbevoie et ma première année scolaire à Bordeaux a été pour moi très difficile. « Parisien » avec un nom italien, c’était la double peine. Mes récréations de CM1 ont souvent été très agitées. Dès les CM2, ça a été beaucoup mieux, je n’étais plus un parisien tête de chien !

J’appris dans la journée que le lendemain, dimanche 28 mai, avait lieu la finale du championnat de France de rugby qui opposait Bègles (dans l’agglomération bordelaise) à Montauban. Les joueurs bordelais portant un maillot à carreaux rouge et blanc étaient surnommés les Radis, et les Montalbanais étaient surnommés les verts, car leurs maillots étaient de cette couleur. J’avais donc tout intérêt à répondre Radis ! Je ne sais pas ce qui me serait arrivé si j’avais répondu Vert.

Pour info, Montauban a remporté le bouclier de Brénus en battant le CA Bègles par 11 à 3.

C’est cet après-midi, en regardant le match opposant l’Union Bordeaux Bègles à Northampton que j’ai eu envie de raconter cet épisode de mon enfance. 

A l’époque, on n’appelait pas ça harcèlement, mais à bien y réfléchir, ça y ressemblait drôlement !

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