Catégorie : Corona

Ecrire aux temps du Corona (jour 23). Le silence est d’or

Un petit souvenir personnel aujourd’hui, pour illustrer la photo du jour.


Il y a quelques années, avec le Chœur Universitaire, nous étudiions le Requiem de Mozart. Un sacré morceau, que nous avons chanté en concert quelques dizaines de fois.

Je me souviens de Didier, notre chef de Chœur de l’époque. Au moment où nous avons abordé le Lacrimosa, il s’est arrêté et nous a interrogés :

« A votre avis, nous a -t-il dit, quel est l’élément essentiel de cette partition ? je veux dire, qu’est-ce qui fait sa beauté, qu’est-ce qui fait tenir ce morceau en équilibre ?

Chacun de nous a essayé de donner une réponse :

— Les accords ?

— La tonalité ?

— Le tempo ?

A chaque fois, il nous faisait non de la tête.

Nous regardions notre partition, nous la scrutions dans tous les sens. Voyant que nous étions dans le flou le plus complet, il nous a donné une piste :

— L’essentiel n’est pas ce qu’on entend, mais justement ce qu’on n’entend pas.

Une petite voix a osé :

— Les silences ?

— Voilà, nous a-t-il confirmé. Lorsqu’on regarde une partition comme celle-là, on regarde les notes, ce que l’on doit jouer ou chanter. Alors que l’essentiel ici, c’est justement ce qu’on ne joue pas, mais qui fait tenir le tout dans un équilibre parfait. Retirez les silences et tout s’effondre. »

Jamais de ma vie je n’ai fait plus attentions aux silences que dans ce Lacrimosa.

Le silence est d’or. Ca n’a jamais été aussi vrai que dans cette pièce.

 


Voilà…. A chaque jour suffit sa peine.
Commentez si vous voulez.
Portez-vous bien.
Prenez soin de vous.
Et des autres.
A demain.


Ecrire aux temps du Corona (jour 22) Carcajou

Un petit 1000 caractères aujourd’hui !!

 

C’était notre petit coin à nous, les trois nanas. C’est là qu’on a fumé nos premières clopes, bu nos premières bières, embrassé nos premiers petits amis. C’est là que j’ai passé ma première après-midi d’amour avec Florent.

On n’a jamais su d’où venait ce bateau, parce qu’il n’y a pas la mer ici. Un lundi matin, en partant au collège, il était là, à cet endroit exact, alors qu’il n’y avait rien le dimanche soir. Personne n’a rien compris. Il était un peu plus droit que maintenant, on arrivait à tenir dessus et à entrer dans la cabine.

D’autres bandes ont voulu se l’accaparer mais Caro, Cathy et moi, on avait déjà mis le grappin dessus. Comme les gars font des cabanes dans les bois. Nous on avait notre bateau mystérieux.

Tous les week-ends on allait y trainer, au lieu d’aller au bistrot. Chacune notre tour, on faisait les courses avec notre argent de poche et on achetait de quoi passer un bon dimanche après -midi.

On a cherché à lui donner un nom. Je crois que c’est Caro qui a eu l’idée de le baptiser du début de nos trois prénoms : Caroline, Catherine et Jouhanne.

Carcajou.

Demain, une grue viendra l’emporter parait-il, pour l’emmener à la casse.

Elle emportera nos souvenirs et notre jeunesse avec.

1000 caractères.

PS : Oui oui, ça existe Jouhanne, j’ai vérifié…


Voilà…. A chaque jour suffit sa peine.
Commentez si vous voulez.
Portez-vous bien.
Prenez soin de vous.
Et des autres.
A demain.


Ecrire aux temps du Corona (Jour 21). Le jardinier du parc

Encore une photo extraite du site Bricabook. Merci Alex !

Aujourd’hui encore, en regardant la photo, je n’ai pas été marqué par ce qui était dessus, mais par ce qui y manquait. Vous n’avez pas l’impression qu’il manque quelque chose ? Ou quelqu’un ?

Bonne lecture !


Pour notre maison de campagne, dans le Berry, mes parents avaient embauché un ami de leurs amis, un certain Germain, pour entretenir le jardin. C’était un homme d’une soixantaine d’années qui avait travaillé toute sa vie à la ville de Saint Florent sur Cher. D’abord comme cantonnier, comme on disait à l’époque, puis comme agent municipal, ce qui était sensiblement la même chose à ceci près que la ville s’étant beaucoup urbanisée, l’entretien des espaces verts n’était plus son travail principal.

Il venait trois après-midis par semaine, le lundi, le mercredi et le vendredi. Papa lui avait donné essentiellement pour mission l’entretien du « parc ». Ce qui était un bien grand mot, il faut bien l’avouer. Au début, il avait essayé de lui faire faire le jardin, mais son arthrose l’empêchait de trop se baisser, et comme pour le jardin, il faut être bien souvent à genoux ou à quatre pattes, papa avait modifié sa tâche et avait demandé à un voisin un coup de main pour le potager.

Donc, Germain avait comme outils principaux une brouette, une tondeuse à gazon, un râteau, une griffe à pelouse, une pelle, et une binette.

Depuis la fenêtre de ma chambre, trois fois par semaine, je le voyais déambuler, poussant son éternelle brouette. Il marchait doucement, s’arrêtait, ramassait quelques feuilles, deux mauvaises herbes dans un massif de pivoines, regroupait quelques brins d’herbe avec sa griffe avant de les envoyer dans sa brouette d’un coup de pelle efficace.

Bien souvent, je le perdais de vue. Je n’avais alors sous les yeux que sa brouette, son balai et sa pelle. Mais où donc était passé Germain ? J’attendais à ma fenêtre et le voyais revenir, l’air visiblement soulagé et reboutonnant les boutons de son pantalon. Il revenait toujours du même point du « parc », le petit sous-bois près du champ de Monsieur Laurier.

Un matin de septembre, maman arriva à la maison, complètement bouleversée. Elle annonça à papa que Prostate était décédé pendant la nuit. Sur le coup, je ne compris pas de qui il s’agissait. Je ne connaissais ni dans mon entourage proche, ni dans celui de mes parents de Monsieur Prostate. Ce n’est que le lundi suivant, en voyant arriver un nouveau jardinier que je compris de qui maman avait parlé.


Voilà…. A chaque jour suffit sa peine.
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Prenez soin de vous.
Et des autres.
A demain.


Ecrire aux temps du Corona (jour 20)- L’héritage de Pépé Gus

Une jolie photo aujourd’hui, toujours extraite du site Bricabook.

Bonne lecture !!


 

A soixante-et-un ans, Gustave prit sa retraite. Gustave, c’était mon grand-père. Oncle Gus pour certains, pépé Gus pour moi, sa petite fille unique. Pendant plus de quarante ans, il avait été menuisier ébéniste. Quarante années au service du bois. Il en avait gardé une grande cicatrice sur le bras gauche et un doigt en moins. Une distraction, un tour à bois, et hop… ça ne pardonne pas ces trucs-là !

Cette même année, à la fin du repas de Pâques, papa et maman annoncèrent deux nouvelles au moment du dessert.

« Une bonne et une moins bonne, avertit maman.

— Commence par la bonne ! exigea Pépé Gus. Ce sera toujours ça de gagné.

— Richard et moi allons être parents, comme vous !

— Enfin, vous y êtes arrivés, jubila Josette, ma grand-mère.

— Oui, dit papa, mais ces essais nombreux et médicalisés ont pour conséquence la mauvaise nouvelle que Karine va vous annoncer.

— Nous n’aurons pas d’autres enfants. Ce bébé qui va venir sera votre seul petit-enfant !

— Et ce sera le plus beau, tonna Pépé Gus en levant son verre.

— Ou la plus belle, corrigea ma grand-mère !

— Évidemment ! A la vôtre ! »

Et quelques mois plus tard, j’arrivais.

La plus belle, comme l’avaient prédit mes grands-parents.

A petite fille unique, soin unique.

A partir du jour de ma naissance, Pépé Gus se mit au travail, dans le plus grand secret. Même mémé ne savait pas ce qu’il tramait. Tous les jours, pendant une heure, il s’enfermait dans son atelier, sans rien dire.  Une heure, pas plus. Mais pendant presque trois ans.

« Je travaille pour le Père Noël » disait-il quand maman essayait de le faire parler.

Tout le monde se doutait qu’il y avait un secret là-dessous.

Et puis, le jour de mes quatre ans, après avoir soufflé mes bougies, je vis Pépé Gus arriver avec une grande boite en bois vernie. Pas de papier cadeau, il n’avait jamais emballé quoique ce soit ! Il posa la grande boite devant moi.

« Tiens, ma princesse, annonça-t-il. Bon anniversaire ! »

Et il retourna s’asseoir au bout de sa table en faisant semblant de se désintéresser de ce qu’il venait de poser. Par contre, toute la famille avait les yeux fixés sur la fameuse boite.

Je l’ouvris.

Elle contenait un service à thé complet : six tasses, six soucoupes, six assiettes à gâteau, trois théières de différentes tailles, un pot à lait, un sucrier et six minuscules petites cuillères. Et la boîte, avec des rangements intérieurs.

En bois.

Il avait passé plus de mille heures, caché dans son appentis à confectionner à la main ce service que j’ai toujours.

J’ai joué avec pendant toute mon enfance. Une dinette de riche, disait papa.

Ce matin, ma fille m’a téléphoné.

« Maman, pouvez-vous passer, papa et toi, prendre le thé vers quatre heures ? On a une surprise à vous annoncer ! »

J’ai ressorti le service à thé. Je pense que l’héritage de Pépé Gus va changer de mains aujourd’hui !


Voilà…. A chaque jour suffit sa peine.
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A demain.

 


Ecrire aux temps du corona (jour 19). Vert comme l’enfer.

Atelier d’écriture proposé par le site Bricabook.

Dans cette photo, à nouveau proposée par Bricabook, je n’ai rien vu d’autre qu’une couleur.

Mais laquelle ? Devinerez-vous ?


Un vertigineux vertébré verbalisait un véritable vermicule qui vérifiait si les vérités verglaçantes vernissaient en vermillon.

« Verrons-nous ces verroteries versaillaises versées dans des verres verts ?

– Vérifiez, vous verrez !

Alors, le verdoyant vérificateur (vérolé véridiquement) verrouilla les verreries et versa vertement du vermouth (pas de la verveine) dans des verres vermeils.

Véridique !


Voilà…. A chaque jour suffit sa peine.
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Ecrire aux temps du Corona (jour 18). A la Saint Constantin

Atelier d’écriture proposé par le site Bricabook.

Les règles du jeu ont changé chez Bricabook. Mais je n’adhère pas à ce nouveau concept. Je continue donc comme avant, à écrire mon petit texte sur la photo proposée. Merci  à Alexandra de continuer à fournir une photo par jour.

Un petit mille caractères aujourd’hui. Ca faisait longtemps !!!

Bonne lecture.


Il était parti depuis si longtemps !

Il lui avait dit « Je reviendrai un matin de printemps avant que tu ne commences ta journée. De la Sainte Clémence à la Saint Constantin, attends-moi au bout du chemin. Si je ne suis pas là quand le soleil dépasse la montagne, c’est que ce ne sera pas le jour. »

Elle était encore petite fille à l’époque. Il lui avait dit ça avant de partir, elle ne sait même pas où. Derrière la montagne pour chercher du travail, ou pour rejoindre un amour.

Quand on est petite fille, on ne se pose pas de questions.

Tout ce qu’elle savait, c’est qu’il était parti.

Que ses bras lui manquaient, que sa grosse voix ne résonnait plus dans la maison, que ses baisers ne réchauffaient plus ses sommeils d’hiver.

Que sa mère était triste et fatiguée, qu’elle ne chantait plus le soir en cousant près du feu.

Alors, dès le matin de la Sainte Clémence jusqu’à l’orée de la Saint Constantin, elle venait là, au bout du chemin, et elle scrutait le chemin qui descendait de la montagne.

Elle le reconnaitra son papa, même de loin.

Saint Constantin,, c’est demain. Il y a encore un espoir de le revoir avant l’été.

Il reviendrait, elle en était sûre.

Un matin de printemps, avait-il dit.

Sans préciser l’année.

1000 caractères.


Voilà…. A chaque jour suffit sa peine.
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Portez-vous bien.
Prenez soin de vous.
Et des autres.
A demain.


Ecrire aux temps du Corona (jour 17): Je voudrais bien le voir le patron !

Atelier d’écriture proposé par le site Bricabook.

C’est marrant. Chaque jour, quand la photo arrive, j’ai une idée qui se fixe immédiatement dans mon cerveau.

Parfois, comme aujourd’hui, c’est complètement loufoque.

Mais ce n’est pas grave, je vais jusqu’au bout.

On aime ou on n’aime pas… mais moi, ça m’amuse !

Ah, j’oubliais, ce matin dans notre texte, nous devions caser « je ne perds jamais, soit je gagne, soit j’apprends ».

Bonne lecture.


Trois jours pour un tel travail, non mais ça va pas ? Évidemment que j’ai le plan, comment voulez-vous faire autrement ?

Je l’entends encore au téléphone ce matin :

« Il faut que tu te dépêches, elle risque d’attraper froid…

Mais si, tu vas y arriver.

Tu connais le proverbe : « Je ne perds jamais, soit je gagne soit j’apprends… »

Et gnagnagna et gnagnagna… »

Je voudrais bien le voir le patron moi.

D’autant que je ne maîtrise pas du tout la technique.

Ma femme m’a bien montré, il y a deux ans, je me souviens. On avait fait une écharpe pour le fils de sa cousine qui venait de naître.

Heureusement que des copains sont venus me donner un coup de main, sinon, je n’y serais jamais arrivé.

Enfin, je pense que le pull de la Statue de la Liberté sera prêt à temps.

Mais bon, faire du tricot avec des barres de métal, c’est quand même limite comme boulot.

Je voudrais bien le voir le patron moi.


Voilà…. A chaque jour suffit sa peine.
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Prenez soin de vous.
Et des autres.
A demain.


Écrire aux temps du Corona (jour 16): Le voleur en A

Atelier d’écriture proposé par le site Bricabook.

Bizarrement, à partir de cette photo, je n’ai pas écrit sur ce que je voyais, mais sur ce que je ne voyais pas…


Je m’appelle Nicolas
Voleur de mon état.

J’ai volé de la vodka
Dans les plaines de Volga
J’ai volé des Vespas
A Domodossola
Et de la Quinquina
A côté de Lima.
J’ai volé du Coca
En banlieue d’Atlanta.

J’ai volé de l’alva
Pour papa qui aimait ça
J’ai volé du calva
J’ai volé des pizzas
Des pétunias
Des pergolas
Des piranhas
Et un phylloxéra.

J’étais voleur en A
Pour l’amour d’une nana.

J’ai fini cette vie-là.
Je ne vole plus pour Anna
Ni pour Alexandra
Ni même pour Patricia
Ou pour Anasthasia
Encore moins pour Clara
Ou pour Katarina.

J’avance à petits pas
J’entre dans les villas
Je frôle les sofas
J’évite les Yuccas
Les hamsters et les chats
Je rampe tel un naja
Échappé de Douala
Et sans bruit ni fracas
Je vole des cadenas.

Je m’appelle Nicolas
Voleur de cadenas.


Voilà…. A chaque jour suffit sa peine.
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Prenez soin de vous.
Et des autres.
A demain.


Écrire aux temps du Corona (jour 15) : Retour à l’état initial

Atelier d’écriture proposé par le site Bricabook.

Rien hier, ni dimanche, et remise à niveau compteur, nous voici au jour 15, après le 11, mais non, vous n’avez rien raté !!!


Moi, on m’avait dit que si je l’embrassais bien sur la bouche, tendrement et en fermant les yeux, il deviendrait un prince charmant, avec la couronne en or, les chevaux, le carrosse, les pages et tout le toutim.

Et un jour, en me promenant le long de l’étang, je l’ai vu ce crapaud. Vert, coassant tout ce qu’il pouvait, j’avais l’impression qu’il m’appelait. Il me regardait avec tant d’insistance que je n’ai pas pu résister.

Je l’ai embrassé. Tout comme il faut, tout comme on m’a dit. En fermant les yeux et tout…

Bilan des courses, j’ai récupéré un type qui se balade toute la journée en chaussons, qui bouffe des pizzas en buvant de la bière devant le foot, qui rote, qui p…e.

Un bidochon quoi…

De temps en temps, on retourne au bord de l’étang pour se promener. Je me demande si ça lui rappelle des souvenirs.

Il y a quelque temps, j’ai lu sur Internet que si le soi-disant prince charmant retourne à l’eau le dernier mardi de mars d’une année paire comportant deux fois le même nombre, il redeviendrait crapaud. 2020, ça le fait. Tous les facteurs sont réunis.

Je vais attendre qu’il s’endorme et Plouf…

Au mieux il redeviendra crapaud et le tour sera joué.

Au pire il sera mouillé et ça m’aura fait plaisir de le balancer au bouillon.

Et j’attendrai 2121 pour essayer à nouveau.


Voilà…. A chaque jour suffit sa peine.
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Portez-vous bien.
Prenez soin de vous.
Et des autres.
A demain.


Écrire aux temps du Corona (jour 11) : Leçon théorique

Atelier d’écriture proposé par le site Bricabook.

Quatre danseuses ?
Trop facile…


Il y a plusieurs façons d’enfiler des chaussures de ski.
Le plus simple est quand même que vous soyez assises.
Cela demande souplesse articulaire, mais aussi gainage et travail des abdos.
Et le résultat est souvent impressionnant.
En moins de dix minutes, vous y parvenez.
Reste ensuite à fixer les skis, mais nous verrons ça plus tard.
Mais si vous n’avez pas de chaise à votre disposition ?
Ah ?
Vous n’allez quand même pas vous asseoir par terre, dans la neige et avoir les fesses trempées ?
Attrapez donc votre chaussure à deux mains et faites basculer votre bassin en arrière.
Comment ?
Oui je sais, aujourd’hui nous n’avons pas les chaussures, mais ce n’est qu’un détail. Vous avez bien appris à nager en faisant les mouvements hors de l’eau non ?
Alors…
Lancez ensuite la jambe droite sans hésiter après vous être concentrées longuement.
Normalement au premier ou deuxième essai, ça devrait fonctionner.
Sinon, recommencez jusqu’à parvenir au résultat.
Non, mademoiselle, il n’est pas possible d’enfiler les deux chaussures en même temps. Réfléchissez deux minutes, ce serait ridicule. Un peu comme si vous essayiez d’enfiler votre pantalon en sautant dedans !
Voilà. La leçon est terminée. Demain, après avoir enfilé la chaussure gauche, nous verrons comment mettre les lacets sans les mains.


Voilà…. A chaque jour suffit sa peine.
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Prenez soin de vous.
Et des autres.
A demain.


Écrire aux temps du Corona (jour 10): Léon le dindon

Atelier d’écriture proposé par le site Bricabook.

Je l’appelais Léon
Le Dindon
De mon Tonton
Gaston.

Il mangeait des limaçons
Des moucherons
Du jambon
Des oignons.

Quand maman Marion
Appelait Tonton Gaston
Elle posait des questions
Sur Léon

A Noël mon Tonton
Gaston
Est venu à la maison
Pour le réveillon

– Tu l’aimes bien Léon ?
Me demanda Tonton.
– Oui Tonton Gaston.
– Alors prends-en un pilon !


Voilà…. A chaque jour suffit sa peine.
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Prenez soin de vous.
Et des autres.
A demain.


Écrire aux temps du Corona (jour 9): Autre temps autres vases

Atelier d’écriture proposé par le site Bricabook.

Savez-vous lire entre les lignes ?


Ah ! Il est bien loin le temps où il pouvait monter de beaux cols de vases. Bien longs, bien verticaux, tendus vers le ciel. Un simple regard sur la terre argileuse. Un simple coup de doigt sur la base de la boule de glaise et tout suivait, sans qu’il n’ait rien à faire. Presque uniquement par la pensée. Le col montait tout seul. Sous ses yeux heureux. Il n’y avait plus qu’à le mettre au four et le tour était joué. Le potier était heureux. Son épouse aussi. Elle aimait ses grands vases.

Les années ont passé. Et le geste est moins précis. Il y a toujours le savoir-faire, certes, mais la terre ne réagit plus comme elle le faisait avant. Elle est moins réactive sous le doigt qui la travaille. Les vases sont devenus plus souples, plus courts. Il a fallu adopter un autre style. Se faire aider par un moteur auxiliaire. Parfois, il regarde la pauvre chose qu’il a réussie à ériger et se dit que ça ne vaut même pas la peine de la mettre au four.

Le potier arrête son tour. « Viens, dit-il à sa femme, ils jouent Ghost ce soir sur la 6. Je ne sais pas pourquoi, mais j’adore ce film. »


Voilà…. A chaque jour suffit sa peine.
Commentez si vous voulez.
Portez-vous bien.
Prenez soin de vous.
Et des autres.
A demain.


Écrire aux temps du Corona (jour 8): Sakura

Atelier d’écriture proposé par le site Bricabook.

J’espère que vous allez toujours tous bien. Vous et les vôtres.

Jolie photo de printemps ce matin. Mais interdiction de parler du printemps, nous a dit Alexandra.

Donc, il ne sera pas question de printemps !

Bonne lecture à toutes et à tous.


 

On te nomma Sakura
Tu naquis à mi-mars
Au cœur du japon ancestral
Tout le monde t’admira
Tu étais tellement légère
Tellement fraiche
Tellement jolie
Au teint si clair.

On vint donc de Tokyo
De Kyoto
D’Osaka
De Kobe
Pour te voir
Pour t’admirer.
Sans tarder.

A la fin du ce mois
Tu mourus
Comme tous les ans
Laissant place à une sphère
Rouge
Sans beauté
Sans clarté
Que plus personne
Ne regarda.

Et puis l’an prochain
A la mi-mars
On te retrouvera
Rose, légère
Claire et brillante
On reviendra te voir.
Comme nous les ans
Nous aurons pris une année.
Tu n’auras pas changé.
Et tout le monde t’admirera
Sakura.

(En japonais, Sakura est le nom de la fleur de cerisier. Les sakura sont en effet la personnification même de l’éphémère. Leur pétales ne se laissent admirer que sous une très courte période, et leur passage éclair sur terre renvoie alors indubitablement celui qui les admire à sa propre mortalité.)


Voilà…. A chaque jour suffit sa peine.
Commentez si vous voulez.
Portez-vous bien.
Prenez soin de vous.
Et des autres.
A demain.

 

 

 


Écrire aux temps du Corona (jour 7): Le bonheur en cassette

Atelier d’écriture proposé par le site Bricabook.

Comme chaque jour depuis maintenant 7 jours, un petit texte inspiré d’une photo.

Ce matin, Alexandra nous a donné une contrainte supplémentaire : Insérer dans notre texte la phrase de Milan Kundera :  « Il faut arroser les souvenirs comme des fleurs en pot ».

Je l’ai fait, à ma manière, je vous laisse trouver…

Écrire pour s’évader, écrire pour l’imaginaire, écrire pour celles et ceux qu’on aime…. Et pour les autres.

Dans aucun de mes textes passés ou à venir vous ne trouverez trace de ce que nous vivons en ce moment. Outre le titre… C’est un choix.


Il était là dans ma voiture
Faut-il que je te le rappelle ?
Arroser la ville, la nature,
Les maisons, les hôtels,
Souvenirs de nos moments passés
Comme des étoiles filantes.
Des heures entières à l’écouter
Fleurs à la bouche, vitres béantes
En souriant, chantant par cœur
Pot-pourri des chansons du bonheur.

 


Oui oui, elle y est la fameuse phrase. je vous laisse la trouver.

Voilà…. A chaque jour suffit sa peine.
Commentez si vous voulez.
Portez-vous bien.
Prenez soin de vous.
Et des autres.
A demain.

 


Écrire aux temps du Corona (jour 6): La princèse qui voulé chanté come les pijon.

Les autres textes avec la même image sont ici : http://www.bricabook.fr/ecriture-aux-temps-du-corona-jour-6/


C’est l’histoire d’une princèse qui s’appelait Rou. Son père été le roi est sa mère la rène.

Elle été trè maleureuse  parce que son  père et sa mer ne l’amé pa.

Alors elle allé dans le parc du chato et elle écouté les oizeau chanté surtou les pijon quel aimè bocou.

Elle auré bien voulu roucoulé come les pigon.

Une nui, elle s’endorma et une fée vena la voir pendan son somey. La fée lui disa que pour chanté come les pijon il falè mangé dé cayou. Sur le cou, Rou ne comprena pa mai elle fesa confiense à la fé et elle manga plin de cayou.

Mais elle ne chanté pa come les zoizo.

Alors elle u soif. Elle coura dan le parc du chato et se dirija ver le basin ou il y avé déné nufar et déca nar.

Elle se bessa pour boir car les cayou pesè lour dans son ventr.

Et le poi dé cayou l’entrènère et ellé tonba danlo.

Et lasse elle n’avè jamè apri à nagé.

Alor…… la princèse Rou coula.


Voilà…. A chaque jour suffit sa peine.
Commentez si vous voulez.
Portez-vous bien.
Prenez soin de vous.
Et des autres.
A demain.

 


Écrire aux temps du Corona (jour 5): La Chouette, l’Araignée et le Serpent.

Moi, sur ce tronc d’arbre, j’ai vu Une Chouette et un Serpent.
Mais une Araignée s’y promenait aussi.
D’où cette fable…Prenez-en de la graine !!
Bonne journée.


 

Une Chouette, ayant peu à dîner
Car elle était couchée
S’en alla crier famine
Chez l’Araignée sa voisine.
« Je ne suis pas fine bouche
Auriez-vous une mouche
Pour mon prochain repas ?
Mon Hibou ne peut pas
Chasser rats ou mulots
Il s’est cassé le dos.
En volant bien trop bas
Il a heurté un chat. »

Mais l’Araignée n’est pas aimable
Elle est même carrément irritable.
« Des mouches, j’en ai une bonne centaine
Dans mon frigo au fond de ce vieux chêne
Mais je ne les partage pas
J’en mange dix à chaque repas. »
La Chouette courroucée,
Par ce discours blessée
Appela un serpent qui se nommait Robert
Et d’une unique bouchée la rapide vipère
Avala l’araignée
Elle fut vite digérée..

Moralité.

Faut pas faire chier la chouette
Quand elle a l’estomac dans les chaussettes.


Voilà…. A chaque jour suffit sa peine.
Commentez si vous voulez.
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Prenez soin de vous.
Et des autres.
A demain.

 


Écrire aux temps du Corona (jour 4): Les négatifs oubliés.

Jour 4. Des photos bien différentes, des textes bien différents.

Et toujours sans jamais parler du méchant Corona !!

Bonne lecture, merci de vos commentaires.


Comme tu étais belle !

En rangeant le grenier ce matin, je suis tombé par hasard sur une boite de chaussures, ou de bottes plutôt, vu la taille. Je l’ai ouverte et j’ai découvert ces albums de négatifs que nous avions cachés il y a au mois quarante ans. Des films développés. Des photos jamais tirées.

Des photos interdites, juste pour nous.

Toi, moi.

Sur la plage de Plougrescan, derrière les rochers de Gwin-Zegal. Dans les recoins interdits de Saint Quay. Derrière la digue de Pors-Moguer.

A l’abri des regards indiscrets.

On dit que la Bretagne est froide, mais nous étions bien, nus sur ces plages.

Comme tu étais belle !

Nos vies ont passé, trop vite évidemment.

Nos corps ont changé, mais les photos sont restées.

Dans ma tête, tu es toujours restée celle que tu étais sur ces images.

J’ai passé la matinée à scruter ces négatifs, un à un, près de la fenêtre, puis à la loupe.

C’est marrant, j’avais l’impression d’entendre ta voix, de t’entendre rire tout près de moi. Comme nous riions tous deux autrefois.

Je vais remettre l’album dans la boite et le remonter au grenier.

Je n’ai pas besoin de photos pour me souvenir de toi.

D’autres les découvriront.

Plus tard.

Comme tu étais belle !

Comme tu me manques !


1000 caractères.

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Portez-vous bien.
Prenez soin de vous.
Et des autres.
A demain.


Écrire aux temps du Corona (jour 3): Mission spéciale.

Un 1000 caractères aujourd’hui !

Bonne lecture et prenez soin de vous !!


Moi, John C, agent de la C.I.A., j’en ai connu des missions. Plus dangereuses les unes que les autres. Je suis allé en Afghanistan rechercher des agents infiltrés auprès des Talibans, j’ai traîné mes guêtres au Liban, en Syrie, en Lybie, en URSS, en Roumanie du temps de Caucescu, en Iran, au Vietnam.

J’ai résolu des énigmes compliquées, déchiffré des messages incompréhensibles aux humains dits normaux. J’ai risqué ma vie sur tous les continents, affronté des pistolets, des mitrailleuses, des hélicos, des drones. J’ai échappé à des tirs de snipers planqués sur les toits. J’ai survécu à des attentats à la bombe, au Plastic.

J’ai eu vingt-cinq noms de code ou pseudonymes. J’ai parlé à des agents dans quarante-sept pays du monde entier.

J’ai tout vu, tout vécu, tout résolu.

Et là, lorsque mon boss m’a donné ma nouvelle mission, je n’en ai pas cru mes yeux. Trop facile, trop enfantin. Un enfant de cinq ans réussirait à la résoudre. Non, mais pour qui me prend-on ? Pour un débutant ? Ou au contraire pour un vieux qu’on met au rebut ?

« Ouvre la porte. A partir de cet instant, tu auras dix secondes pour repérer un point jaune sur fond noir. Place-toi dessus pour le désactiver sinon tout explosera. »


1000 caractères.

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Portez-vous bien.
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Écrire aux temps du Corona (jour 2): Le jardin de mon grand-père.

J’espère que vous allez bien. Bonne lecture !

Tous les autres textes écrits avec cette photo sont ici : http://www.bricabook.fr/ecrire-aux-temps-du-corona-jour-2/

Et merci à Alexandra pour cette superbe initiative !


Mon grand-père avait un jardin magnifique. Six cents mètres carrés plantés quasiment toute l’année. Une partie plantes et fleurs. De magnifiques parterres de jonquilles, de pois de senteurs, de dahlias, des roses à ne savoir qu’en faire, un énorme laurier rose qui trônait au milieu de la pelouse et des marguerites qu’un amoureux aurait pu effeuiller pendant des années tellement il y en avait. Des fleurs de printemps, d’été, d’automne d’hiver, semées, plantées, arrosées, ouvertes douze mois sur douze.

Il avait aussi une partie qu’il appelait alimentaire. Un peu à l’image des fleurs. Question légumes, ma grand-mère et lui étaient en auto-suffisance. Toute l’année. Des tomates en été, des choux en hiver, des poireaux à l’automne, des épinards au printemps. Des pommes de terre, des carottes, des oignons à faire péter un régiment, des herbes aromatiques, des artichauts. Il y avait de tout.

Et puis ma grand-mère est morte. Un matin de juin, sans prévenir.

A partir de ce jour, le jardin de mon grand-père a périclité. Les fleurs étaient dépareillées, les roses tristes et pendouillantes, les marguerites timides comme des pâquerettes, les carottes naines, les oignons minuscules.

Mon grand-père passait ses journées devant la télé. Il lisait le journal, il jouait aux cartes avec des copains, faisait la sieste jusqu’à pas d’heure.

Un soir, alors que je lui demandais si son jardin ne lui manquait pas, il me répondit :

« Pas du tout fiston. Je suis bien comme ça. Et puis je vais t’avouer quelque chose : j’avais horreur du jardin. Je déteste les fleurs, je n’aime pas les artichauts, les patates me font gonfler. Bêcher, ratisser, retourner, arroser, biner, désherber, récolter, et recommencer tous les ans. Je détestais ça.

— Alors pourquoi tant d’années à faire ce dont tu avais horreur ? Ça n’a pas de sens.

Il avala sa gorgée de café et me répondit :

— Je détestais encore plus ta grand-mère. Mon jardin était mon refuge. »


Voilà…. A chaque jour suffit sa peine.
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Écrire aux temps du Corona (jour 1): 100 ASA

Bonjour.

Confinement oblige, comme tout le monde, je suis chez moi. Après la lecture, la télé, le ménage, la cuisine, le jardin et la douche, il devrait me rester chaque jour un peu de temps pour écrire. C’est pile au moment où je me disais ça que mon amie Alexandra a eu l’idée de créer « Écrire aux temps du Corona ». L’atelier Bricabook, ça rappelle quelque chose à certains ? J’y ai participé chaque semaine pendant deux ans. Merci à toi Alexandra !!

Alors, voila: une photo un texte.

Et pour commencer, un texte en 1000 caractères !


Un immense voilier à trois mats. Il était là, au loin, majestueux. C’était autre chose que les supertankers et autres immenses pétroliers qu’on avait l’habitude de voir à l’horizon.

Revenait-il des Indes, chargé d’épices ?

Revenait-il d’Espagne, les cales pleines de vin du Rioja et d’oranges sanguines ?

Où allait-il ? En Irlande ? Dans les pays baltes, scandinaves ? En Russie ? Au Pôle Nord ?

Quel équipage dirigeait ce voilier ? J’imaginais des marins tatoués, comme on les voit dans les films. Gros bras et tonneaux de rhum. Mon imagination voguait au temps des pirates et des corsaires ! Ah, quand l’imagination travaille ! Des pirates en 2020, ça n’existe pas ! Ça se saurait !

Je l’ai longuement regardé, admiré. J’ai rêvé de longues minutes devant ses voiles bariolées gonflées par le vent portant.

J’ai alors eu l’idée de le prendre en photo pour que mon père puisse l’admirer, lui qui adore les bateaux de l’ancien temps ! J’ai pris mon Olympus argentique. Comme il y a vingt ans, avant l’arrivée du numérique. Kodak 24 poses. 100 ASA. Dernière photo de la pellicule. Pas de droit à l’erreur. Il fallait qu’elle soit réussie.

Pourquoi ma fille est-elle arrivée juste au moment où je déclenchais ?


Comme moi, vous l’avez vu ce bateau ?

Voilà…. A chaque jour suffit sa peine.
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