Les ballons rouges
Il est des images qui ne vous quittent pas. OK
En 2016, lorsque Leiloona m’a envoyé cette photo pour l’atelier d’écriture de la semaine, je me suis dit
« Je n’ai pas eu de ballon rouge
Quand j’étais gosse dans mon quartier.
Dans ces provinces où rien ne bouge,
Tous mes ballons étaient crevés. »
J’ai essayé d’écrire autre chose, mais Lama ne m’a pas quitté. L’image était trop forte. Alors mon texte du jour a été pour Serge Lama qui a bercé mon enfance, qui a enchanté ma sœur, que je chante toujours par cœur dans la douche le matin. Qui était si proche de Barbara que j’aime tant.
Mais que je n’ai jamais vu sur scène. J’ai toujours repoussé à la fois suivante. Je le regrette amèrement aujourd’hui qu’il a décidé de ne plus y monter.
Bonne lecture.
Le chanteur boîte dans le couloir.
Il vient de boire un verre d’eau pétillante, de respirer longuement. Plusieurs fois face au miroir. Comme chaque soir. Quelle que soit la ville. Ce sont des rituels. Faire les mêmes gestes dans la loge, toujours les mêmes.
Avancer jusqu’à la porte. La toucher trois fois. Revenir s’asseoir face au miroir. Vérifier le maquillage. Les projecteurs ne font pas de cadeau.
Reprendre le conducteur de la soirée. Vérifier l’ordre des chansons. Ne pas penser au trou de mémoire d’hier, c’est le meilleur moyen de ne pas le faire revenir.
Faire le nœud de cravate avec application. Le défaire. Le refaire. Le regarder avec insistance. Le défaire. Le refaire. Trois fois. Chaque soir. C’est un TOC. C’est de la pensée magique. S’il ne fait le nœud que deux fois, ça va mal se passer.
Le chanteur regarde le public à travers le lourd rideau de scène.
Les musiciens entament « Les ballons rouges ».
C’est l’heure. Il faut y aller.
Il écarte les bras et entre dans la lumière.
1000 caractères
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5 commentaires
jacou
Belle description pour une entrée en scène réussie et « Les ballons rouges »
Jackie Satterlee
Very good insights into the singer’s state of mind and rituals. Et le Ballon Rouge a toujours été un de mes films favoris, qui me rappelle mon enfance à Paris dans les années 1950.
Anne-Véronique
C’est un très joli texte et un bel hommage. J’aime beaucoup l’angle que tu as choisi pour illustrer cette photo. Merci 🙂
Amor-Fati
Merci de vos gentils commentaires !
Nath
Impossible de faire l’impasse sur Serge Lama
Bel hommage à ce grand artiste