mars 27

Dimanche noir

Ma participation au concours de Short-Edition. Écrire un texte très très court commençant par « l’impact des gouttes sur le métal… » Peur et suspens doivent être au rendez-vous…

Voilà qui est fait.. Content de vous retrouver sur ce blog… ça fait plaisir de retrouver l’écriture, après tout ce temps…


L’impact des gouttes sur le métal le rappela à la réalité. Il ouvrit les yeux sur ce fameux matin. Il savait bien que ce jour devait arriver. Sa mère le lui avait enseigné depuis son plus jeune âge. Il savait depuis sa naissance que cette journée allait être la pire de son existence. On ne se cache pas ces choses-là dans la famille.

Déjà son oncle et sa tante étaient morts l’année dernière. Ensemble. Foudroyés dans la force de l’âge. Plusieurs de ses cousins avaient été portés disparus. Personne n’était certain de leur mort mais c’était plus que probable. Une chose est certaine : on ne les avait jamais revus.

Jeannot, comme tout le monde l’appelait, fit un rapide point dans sa tête. Qu’avait-il de si important à faire aujourd’hui ? Honnêtement pas grand-chose. Il avait pris ses précautions depuis une semaine en prévision de ce dimanche matin. Le garde-manger était plein. Il avait à manger et à boire pour un bon moment. Ses parents étaient allés rendre visite à des amis bien loin du danger. Rien ne justifiait une sortie aujourd’hui.

En plus, il pleuvait. Tic Toc Tic Toc…

Il s’approcha à pas de fourmi de l’entrée de chez lui, passa son nez au dehors et regarda. La pluie tombait à grosses gouttes. Ce qui était plutôt rassurant et minimisait quelque peu le danger. Les statistiques étaient formelles : il y avait plus de victimes les jours de grand soleil. Ce qui ne voulait pas dire qu’il ne risquerait rien aujourd’hui.

Ni les jours suivants d’ailleurs. Il fallait se méfier. Chaque jour était un danger.

Histoire de se dégourdir un peu, il sortit de chez lui, non sans avoir pris mille précautions. Oh il ne s’aventura pas bien loin. Juste quelques pas devant l’entrée. A vingt mètres de lui, en face, il aperçut Violine, son amie de toujours. Il l’appela.

« Violine, ça va ? Tout se passe bien ?

– J’ai peur Jeannot, j’ai peur.

– Moi aussi, mais si tu es prudente, tu ne risques rien. Tu es toute seule ?

– Oui, si tu venais me rejoindre ?

– OK, j’arrive…

Soudain, alors que Jeannot s’apprêtait à  rejoindre Violine, Le vieux Max déboula à toute allure. Il criait :

– Jeannot, Jeannot, rentre… »

Il n’eut pas le temps de finir sa phrase. Une déflagration énorme se fit entendre et Max s’écroula dans la poussière. Jeannot eut tout juste le temps de voir le sang de Max jaillir d’une plaie ouverte. Ils l’avaient eu, lui, le vieux Max. Un sage pourtant.

Hors de question d’aller voir ce qui se passait, Jeannot ne le savait que trop. Il retourna à fond de caisse vers chez lui et s’engouffra le plus loin possible du danger. Il le savait, quand il reviendrait, Max ne serait plus là.  Les corps ne restaient jamais à la même place. Ils étaient très rapidement évacués. Comme si les victimes n’avaient jamais existé. Parfois on retrouvait des ossements, beaucoup plus loin, mais c’était rare.

La journée allait être longue. Jeannot savait bien que ce dimanche allait traîner. Petit à petit, imperceptiblement, il s’approcha de l’entrée. Il faisait chaud en cette fin d’été. Même si la pluie tombait à grosses gouttes, la chaleur lourde était quand même étouffante. Jeannot regarda dehors. Le cadavre de Max n’était plus là.

Il ne vit rien, mais il entendit.

Des coups de feu provenaient de tous les points cardinaux. Ca tirait partout. Dehors, ce devait être l’enfer. Un carnage. D’autant plus que le ciel se dégageait et que le soleil pointait son nez entre les branches des arbres. Les quelques SDF qu’il connaissait devaient connaître une journée épouvantable. Les victimes seraient nombreuses, à n’en pas douter. Pourvu que sa famille soit épargnée. Et ses amis aussi. Mais il ne se faisait guère d’illusion. Il savait bien qu’il aurait à pleurer la perte de plusieurs de ses proches.

Jeannot ferma les yeux. L’impact des gouttes de pluie sur le métal de la boite de conserve qui traînait près de la porte de chez lui le ramenait sans cesse à ce jour maudit. A ce dimanche de tous les dangers.

Aujourd’hui était le jour de l’ouverture de la chasse et le temps était plus que dangereux pour les petits lapins comme lui.

 

© Amor-Fati 27 mars 2017 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr



Ecrit 27 mars 2017 par Amor-Fati dans la catégorie "Atelier d'écriture

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