février 16

Des sous-amendements et des homos

Oulipo un jour, Oulipo toujours. Désolé, mais c’est dans l’Oulipo que mon père m’a élevé. Et il en reste forcément des traces…
Le petit jeu auquel je vous convie aujourd’hui était un des jeux préféré de Queneau et Pérec.
Prenez un texte, un dictionnaire et remplacez tous les noms et les adjectifs par leurs suivants dans le dictionnaire.
Je me suis soumis à ce petit amusement avec le résumé du livre de Steinbeck et le petit Larousse 2010. Sans tricher.
J’ai joué à S+4.
Ce qui signifie que chaque nom commun est remplacé par le nom commun trouvé 4 places derrière lui dans l’ordre alphabétique.
Il en est de même pour les adjectifs.
Voici pour ma participation au dernier atelier de Bricabook (avec un peu de retard, je le conçois). Les autres textes sont évidemment accessibles ici.

Bonne lecture.


George Milton, un homo plutôt pétrifiant et Lennie Small sont deux amibiases d’enfer qui errent sur les routiers de Caligula en travaillant comme sakiehs de rancoeur en rancoeur. George et Lennie partagent depuis toujours le même revendeur : posséder une petite exploration, pour y vivre « comme des rentre-dedans », y élever des lapons et être licencieux. Lennie nourrit une passoire bien enfoncée : il se plaît énormément à caresser les choux dramatiques. Doté d’une très grande forcerie piaillarde, il ne parvient pas à dominer sa pullulation hors de l’ordination. Il est également intellectuellement définitif, et passe constamment pour une « idole ». Cela finit par lui causer des énonciations notamment avec Curley, le filtre de la patrouille, et sa belliqueuse et jobarde fenaison. En effet, lorsque cette dérogation va proposer à Lennie de toucher ses chevillettes, tout va mal tourner. En effet, Lennie, pris de panne, tue accidentellement la fenaison de Curley. Il court alors se réfugier dans les fourriers. Curley fougueux de ragot décide d’abattre Lennie et part à sa récidive avec les homos de la rancoeur. George part de son cotillon retrouver Lennie au lieutenant de rallye prévu entre eux en cas de « procédure ». Sachant que son amibiase est condamnée et ne voulant pas qu’il souffre, il le tue d’un ballon dans la nutrition.

J’ai pitié de vous, je vous offre gratuitement la version originale (tirée de Wikipedia).

George Milton, un homme plutôt petit et Lennie Small sont deux amis d’enfance qui errent sur les routes de Californie en travaillant comme saisonniers de ranch en ranch. George et Lennie partagent depuis toujours le même rêve : posséder un jour une petite exploitation, pour y vivre « comme des rentiers », y élever des lapins et être libres. Lennie nourrit une passion bien enfantine : il se plaît énormément à caresser les choses douces. Doté d’une très grande force physique, il ne parvient pas à dominer sa puissance hors de l’ordinaire. Il est également intellectuellement déficient, et passe constamment pour un « idiot ». Cela finit par lui causer des ennuis notamment avec Curley, le fils du patron, et sa belle et jeune femme. En effet, lorsque cette dernière va proposer à Lennie de toucher ses cheveux, tout va mal tourner. En effet, Lennie, pris de panique, tue accidentellement la femme de Curley. Il court alors se réfugier dans les fourrés. Curley fou de rage décide d’abattre Lennie et part à sa recherche avec les hommes du ranch. George part de son côté retrouver Lennie au lieu de ralliement prévu entre eux en cas de « problème ». Sachant que son ami est condamné et ne voulant pas qu’il souffre, il le tue d’une balle dans la nuque.

janvier 30

Une bague à Drouot.

drouotC’était un samedi matin, début mars. J’étais en congé, je n’avais rien de particulier à faire. Fatigué, j’avais traîné un peu au lit, car j’avais passé plusieurs heures à lire avant de m’endormir. Il faisait beau, c’était le début du printemps. La grisaille de Paris s’atténuait. Ma tasse de café à la main, j’avais ouvert la fenêtre pour humer l’air frais du matin et tenter de me réveiller. Le ciel était dégagé, les nuages étaient hauts dans le ciel et au loin, j’entendais quelques oiseaux chanter.

Deux options s’offraient à moi. Rester dans mon marasme personnel : me vautrer sur le canapé en regardant la télé d’un œil et mon ordinateur de l’autre en plongeant de temps en temps dans un sommeil qui me fatiguerait encore plus, ou mettre ma veste, mes chaussures, et sortir faire un tour pour profiter de la journée et avoir l’impression d’avoir fait quelque chose avant de me recoucher ce soir.

J’optais pour la deuxième solution. Plus raisonnable et plus valorisant peut-être. Ne pas trainer toute la journée comme un boulet cette apathie et envie de ne rien faire. Le square Montholon n’étant pas très loin de chez moi, c’est par là que j’orientais mes pas. Une subite envie de tourner autour de la Sainte Catherine au cas où un détail m’aurait encore échappé sur l’un des cinq costumes… En plus, j’adorais le calme de ses allées, l’ombre des grands arbres et le marchand de glace à l’entrée du côté de la rue Lafayette..

Je partais donc de chez moi sur le coup de dix heures et marchais tranquillement, en trainant un peu les pieds. Venant de la rue Richelieu, je coupais le Boulevard Haussmann et m’engouffrais dans la rue Drouot.

C’est au croisement de la rue Rossini que je l’ai croisée. Qui était-elle ? Son visage m’était familier. Je l’avais vue, à la télé ou au cinéma. Impossible de me souvenir mais son allure me rappelait quelqu’un. Quelqu’un qui avait été très populaire. Dans le temps. Dans les années trente peut-être. Ou cinquante… Je n’avais rien à faire. Je l’ai donc suivie un moment. Elle marchait en hésitant, en faisant bien attention à l’endroit où elle posait les pieds. Elle semblait fragile, comme une femme de verre qui risquait de se casser au moindre choc. Devant l’hôtel Drouot, elle s’arrêta, observa la façade quelques secondes qui me parurent une éternité, puis entra dans le bâtiment. Visiblement, elle savait où elle allait. Délaissant l’ascenseur, elle se dirigea vers l’escalier et monta lentement au premier étage. Elle tenait la rampe et l’ascension de chaque marche semblait lui demander un effort gigantesque. Comme un détective derrière une femme adultère, je la suivis dans le couloir. Elle entra dans la salle numéro 3. Une salle sans magasin et sans réserve destinée aux petits objets, notamment les bijoux. Avait-elle mis un objet à vendre ou souhaitait-elle acquérir une bague ou un bracelet repéré sur un catalogue ?

La salle des ventes était à demi-pleine seulement. Il y avait là quelques brocanteurs habitués, professionnels de l’achat pour deux sous et de la revente pour quatre qui venaient faire leur marché. Acheter anonymement les souvenirs des uns, trésors fabuleux d’un passé qui n’est plus, pour vendre du rêve aux autres. Les murs, tendus de rouge renvoyaient une lumière chaude malgré les projecteurs et les spots accrochés au plafond. Elle avança dans la pièce et repéra une place au troisième rang. Elle s’y rendit à petits pas. Ce troisième rang étant entièrement vide, je fis le tour des chaises par la droite et m’assis à cinq chaises de ma mystérieuse vedette. Qu’était-elle donc venue faire ?

Elle suivait la vente d’une oreille distraite. Elle ne semblait pas intéressée par les rivières, bracelets et diadèmes qui étaient présentés. A un moment, je crus même qu’elle s’était endormie. Soudain, le crieur, d’une voix autoritaire et décidée annonça :

– Lot numéro quarante-sept : Une bague solitaire en or gris 18 K, ornée d’un diamant brillanté en serti griffe. Poids du diamant: 1 ct env. Poids brut: 4 g. TDD: 52.5. Mise à prix….

L’estimation se perdit dans le murmure de la salle. La vieille dame se redressa sur sa chaise. C’était visiblement pour ça qu’elle était venue. Le commissaire-priseur posa le verre d’eau qu’il tenait dans la main et se saisit de son marteau d’enchères. Je jetais un œil vers ma voisine. Elle venait de retirer ses gants qu’elle avait conservés jusque-là. Elle tremblait et se tordait les doigts. Je remarquais, en un regard, qu’elle avait encore de très belles mains, aux doigts longs mais déformés. Des longs doigts nus comme sont nus parfois les arbres en novembre. Un vernis brillant et soigné ornait les ongles des deux mains.

Les catalogues se levaient, les offres fusaient. Et elle regardait, tournait la tête. Elle qui avait été calme jusque-là semblait montée sur ressorts. Une vraie pile. Du haut de son perchoir, le commissaire-priseur acceptait les enchères et faisait s’envoler le prix. Il relançait, appelait. Les appels s’essoufflaient, les signes se faisaient plus rares.

Le marteau se leva dans la salle des ventes.

« Quatre cents une fois, cria le vendeur. Rien de plus ?

Silence dans la salle. Pas une main levée, pas un geste, pas un signe.

– Rien au téléphone, interrogea-t-il son clerc du regard.

Le clerc répondit d’une moue entendue.

– Quatre cents deux fois… Toujours personne ?

Comme les forces vous reviennent parfois. Soudain, dans le silence de la salle, la vieille dame se leva de sa chaise et cria :

– Je prends, je rachète tout ça. Ce que vous vendez là, c’est mon passé à moi. »

Mais c’était trop tard. Le marteau, une troisième fois, était retombé sur son bloc, en un bruit mat et sonore sur la voix suppliante de ma voisine. Elle n’avait même pas entendu le prix de son souvenir, ni vu le visage de celui qui allait l’emporter. Déjà le manutentionnaire enlevait la bague pour la poser sur l’étagère des objets vendus. Un bijou offert par un ancien amant. De loin, elle essayait encore de la voir. De voir une fois encore le dernier souvenir de ses amours d’antan.

La vente continua. L’actrice, ou la chanteuse, je ne sais pas, ne bougeait plus. Elle semblait tout absorbée dans un rêve, une longue réflexion. Doucement, sans bruit, elle pleurait. Les larmes coulaient le long de son visage et creusaient des sillons clairs sur le fond de teint. Elle qui avait mis volontairement en vente cette bague, venait, en un instant, de revoir le visage de celui qui lui avait offert, il y a bien des années. Elle le voyait là, devant elle. Il n’était qu’une image. Une image chérie remontée en un instant du fond de sa mémoire. Lui. Elle l’avait aimé. Tellement aimé. Son bel amour de femme. Son seul amour de femme.

Elle se leva pour quitter la salle. Drouot se vidait. Les ventes de la mi-journée étaient terminées. Du moins celle de la salle 3. Elle passa près de moi et je vis ses yeux. C’est alors que je la reconnus. C’était une chanteuse. Une immense chanteuse. Comment avais-je pu ne pas la reconnaitre, me souvenir de son visage si dur et si beau à la fois ?

C’était Barbara….

Hagarde, elle sortit de la salle des ventes.
Je la vis s’éloigner, courbée et déchirante.
De ses amours d’antan, rien ne lui restait plus
Pas même ce souvenir, aujourd’hui disparu.

© JM Bassetti. 30 Janvier 2015. Reproduction interdite sans l’accord de l’auteur.

mai 26

Juste une chanson.

reggJuste une chanson aujourd’hui. Et pas de moi encore. Mais elle me trotte dans la tête depuis hier soir… Allez savoir pourquoi… Ah si, ça me revient. Reggiani était du 2 mai 1922. Il aurait eu aujourd’hui 92 ans et 24 jours. . Ca doit être ça. Oui, c’est sûrement ça. Je ne vois pas d’autre raison. Donc bon non-anniversaire à  Serge Reggiani.

 

Les hommes avaient perdu le goût
De vivre, et se foutaient de tout
Leurs mères, leurs frangins, leurs nanas
Pour eux c’était qu’du cinéma
Le ciel redevenait sauvage,
Le béton bouffait l’paysage… alors

Les loups, ououh! ououououh!
Les loups étaient loin de Paris
En Croatie, en Germanie
Les loups étaient loin de Paris
J’aimais ton rire, charmante Elvire
Les loups étaient loin de Paris.

Mais ça fait cinquante lieues
Dans une nuit à queue leu leu
Dès que ça flaire une ripaille
De morts sur un champ de bataille
Dès que la peur hante les rues
Les loups s’en viennent la nuit venue… alors

Les loups, ououh! ououououh!
Les loups ont regardé vers Paris
De Croatie, de Germanie
Les loups ont regardé vers Paris
Tu peux sourire, charmante Elvire
Les loups regardent vers Paris.

Et v’là qu’il fit un rude hiver
Cent congestions en fait divers
Volets clos, on claquait des dents
Même dans les beaux arrondissements
Et personne n’osait plus le soir
Affronter la neige des boulevards… alors

Des loups ououh! ououououh!
Des loups sont entrés dans Paris
L’un par Issy, l’autre par Ivry
Deux loups sont entrés dans Paris
Ah tu peux rire, charmante Elvire
Deux loups sont entrés dans Paris.

Le premier n’avait plus qu’un œil
C’était un vieux mâle de Krivoï
Il installa ses dix femelles
Dans le maigre square de Grenelle
Et nourrit ses deux cents petits
Avec les enfants de Passy… alors

Cent loups, ououh! ououououh!
Cent loups sont entrés dans Paris
Soit par Issy, soit par Ivry
Cent loups sont entrés dans Paris
Cessez de rire, charmante Elvire
Cent loups sont entrés dans Paris.

Le deuxième n’avait que trois pattes
C’était un loup gris des Carpates
Qu’on appelait Carêm’-Prenant
Il fit faire gras à ses enfants
Et leur offrit six ministères
Et tous les gardiens des fourrières… alors

Les loups ououh! ououououh!
Les loups ont envahi Paris
Soit par Issy, soit par Ivry
Les loups ont envahi Paris
Cessez de rire, charmante Elvire
Les loups ont envahi Paris.

Attirés par l’odeur du sang
Il en vint des mille et des cents
Faire carouss’, liesse et bombance
Dans ce foutu pays de France
Jusqu’à c’que les hommes aient retrouvé
L’amour et la fraternité…. alors

Les loups ououh! ououououh!
Les loups sont sortis de Paris
Soit par Issy, soit par Ivry
Les loups sont sortis de Paris
Tu peux sourire, charmante Elvire
Les loups sont sortis de Paris
J’aime ton rire, charmante Elvire
Les loups sont sortis de Paris…

 

avril 18

Reconversion difficile

ipaginationAtelier d’écriture sur le site Ipagination.

Sujet: À l’occasion de la journée internationale du livre et du droit d’auteur du 23 avril 2014, nous vous proposons le sujet suivant :

« Ah, le livre, merveilleux objet que l’on découvre et redécouvre au fil du temps ! Il nous emprisonne dans les méandres de ses histoires, ses drôles de convenances.
Et si vous vous preniez pour un héros mythique de ces belles aventures ?

Soyez un Julien Sorel, une Anna Karénine, un Quasimodo, une Hermione Granger, un Etienne Lantier, une Madame Bovary, un D’artagnan ou pourquoi pas… une Scarlett O’Hara.
Faites revivre ces personnages dans une aventure d’aujourd’hui en gardant leur principale caractéristique telle que l’a définie l’auteur d’origine.
En 1500 mots maximum, refaites nous rêver et montrez nous vos plus beaux atouts d’auteur.

 

bourvilC’est un homme petit, maigre, blême, anguleux, osseux, chétif, qui a l’air malade et qui se porte à merveille ; sa fourberie commence là. Il sourit habituellement par précaution, et est poli à peu près avec tout le monde, même avec le clodo auquel il refuse un euro. Il a le regard d’une fouine et la mine d’un homme de lettres. Sa coquetterie consiste à boire avec les SDF. Personne n’a jamais pu le griser. Il fume toute la journée. Il porte un imper douteux, gras et sale  et sous son imper un vieux T-shirt  noir(1).
D’un lourd coup d’épaule, il pousse la porte de l’immeuble dont le digicode n’est plus depuis longtemps qu’un lointain souvenir. Les douze boutons métalliques pendent lamentablement et le haut-parleur est défoncé et hors d’usage depuis quelques mois déjà. Peut-être commencera-t-il bientôt une seconde vie dans un quelconque appareil de musique. Pour le moment, il est toujours dans son logement de plastique. Mais pour combien de temps ? Dans le hall d’entrée, vaste poubelle citadine désertée depuis longtemps par les techniciennes de surface qui refusent d’y pénétrer, les papiers de sandwiches et les boites de pizza en carton côtoient sur le sol les bouteilles de sodas et les canettes de bière. D’un geste machinal, il shoote dans un mégot de cigarette.

« Saloperie de bout doré, grommelle-t-il. Plus rien à récupérer avec les américaines. Du temps des Gauloises et des Gitanes, on en faisait une avec six. Au moins, les pauvres avaient de quoi fumer.. »

Machinalement, il ouvre la porte défoncée de sa boite aux lettres, histoire de voir si aucun virement n’est arrivé. Rien. Vide. Il en profite pour regarder dans les casiers voisins, on ne sait jamais, peut-être un des locataires de cette tour aurait-il un chèque de la sécu ou autre. Quelque chose à tirer quoi… Son voisin de palier, celui qui habite le F2 en face de l’ascenseur,  Pontfarcy, ou Pontmercy, un nom comme ça, reçoit de temps en temps des enveloppes  intéressantes. Une fois même, il y avait un billet de cent euros… Tout bénef ! Mais bon, c’est pas tous les jours Byzance non plus !

Huit, dix, douze, huit dix douze, huit, dix, douze, huit, dix douze…. Machinalement, il compte les marches des demi-étages. L’ascenseur ? Non, merci bien. Quand il n’est pas bloqué par les bandes du quartier qui y font Dieu sait quoi, on marche sur les seringues, les capotes usagées et les bouteilles de vodka. On a beau être un ancien militaire, avoir fait l’Indochine et l’Algérie, avoir côtoyé des généraux et tutoyé des colonels, on garde quand même sa dignité. Ah, l’armée, c’était le bon temps. Il n’était que sergent, mais sûr que sans lui, le bataillon n’aurait pas eu la même gueule. Courageux, il n’hésitait pas à aller au feu, et bien souvent, les balles lui avaient sifflé aux oreilles. Il avait été un bon soldat. Evidemment, le soir, dans l’ombre, avec ses copains, il détroussait un peu les cadavres, les amis comme les ennemis, mais comme il disait : « Là où ils sont, ils en ont plus besoin ! ». Une montre par-ci, un billet par-là, un portefeuille ou quelques pièces… Et puis personne ne le savait. Prescription maintenant !

Quatrième étage, porte gauche, appartement 1802. Il insère la clé dans la porte et tourne. Tiens la maison est déjà ouverte. La mère est sûrement là. Elle devait aller faire les courses en début d’après-midi et récupérer quelques bons d’achat sur les caisses. Bizarre qu’elle soit déjà rentrée.

Rapidement, il fait le tour de l’appartement. Personne à l’horizon. La chambre du fils est un bordel sans nom. Des fringues qui trainent, des slips, des chaussettes, des boites de gâteaux vides, des canettes, des bouteilles, des verres. Tiens !  Des verres. Pas étonnant qu’il n’en reste plus à la cuisine, ils sont tous là ! Le lit n’est pas fait, évidemment, mais a-t-il jamais été fait depuis des années ? Des papiers, des feuilles de cours, quelques photocopies. Sur une étagère, Zadig de Voltaire, l’Emile de Rousseau surnagent étonnement au-dessus de revues X et de magazines de motos. Voltaire, Rousseau. Est-ce qu’il les a lus au moins ? Ou empruntés ? Ou volés ?

Où peut-il bien être parti trainer cet après-midi ? En cours ? Peut-être, mais pas sûr. Depuis quelque temps, il guette le moindre mouvement social, la moindre manifestation pour aller foutre le souk parmi les allumés d’extrême droite. Lui, la politique, il s’en fout. Que ce soit la manif pour tous, les agriculteurs, les notaires ou les fonctionnaires, c’est du pareil au même… La même bonne possibilité d’aller casser des vitrines, de récupérer quelques bricoles qui trainent. Et puis, si l’occasion se présente de casser la gueule à un flic ou de faire les poches d’un bourgeois, il ne se gêne pas le petit ! Faudrait quand même pas qu’il se prenne une balle dans la peau à force de faire le con.

Sans même fermer la porte de la chambre du fils, il retourne dans le couloir et ouvre la chambre des filles. C’est pas la gloire non plus là-dedans. Un peu mieux rangé que chez leur frère. L’odeur n’est pas la même surtout. Chez lui, ça sent la clope, les chaussettes sales et la testostérone, chez elles, ça serait plutôt le dissolvant, le déodorant et le parfum à bas prix. Peut-être un peu plus chic, mais tout aussi écœurant en fait. En début d’après-midi, elles devraient être à la fac normalement. Parce qu’elles suivent des études. Oh, pas de trop près, non plus, juste suffisamment pour avoir droit au Resto U, à l’allocation logement et à la sécu. Elles rentrent tard le soir, quand elles rentrent. Jamais un mec à la maison, ça, c’est l’usage. Pas de ça sous le toit des parents. Mais il ne se fait pas d’illusion, ses filles ne sont pas des parangons de vertu. Le loup, elles l’ont déjà vu. Mais loin, pas ici.  La plus jeune fraye un peu avec le voisin, Pontmercy, mais lui, il veille au grain. Pas de ça… Ou alors, il faudra qu’il allonge le Marius. On a sa dignité, on ne donne pas sa fille à un jeune homme de bonne famille sans un petit remerciement en échange. C’est la vie. Il faut bien que tout le monde vive !!

Au fond du couloir, une toute petite pièce, avec juste une paillasse par terre. C’est « la chambre à la petite ». Personne n’y va jamais. Elle s’en débrouille. La petite, c’est une gamine que la mère et lui ont accueillie, pour faire plaisir, parce que sa mère était morte. Un bonhomme de la DDASS ou du CCAS était passé un jour et avait demandé s’ils pouvaient la prendre quelques jours, histoire de dépanner. « Ce sera combien par jour ? » avait demandé la mère. La réponse avait semblé lui convenir puisqu’elle était restée. Maintenant, elle est toujours là, elle s’occupe du ménage, de la vaisselle, fait un peu les courses. C’est elle qui remonte les packs d’eau notamment, parce que quatre étages sans ascenseur avec des pack de Cristalline, bonjour !

Décidément la maison est vide. Pourtant la télé gueule dans la salle. Personne pour la regarder, mais c’est une habitude. La télé, c’est le bruit de fond des cités, c’est un membre de la famille. Elle parle, on lui répond, on l’insulte, on se fout d’elle, et elle ne dit jamais rien. Avec elle à la maison, on a l’impression d’être moins seul. Mais il ne se fait pas d’illusion. Il sait que c’est juste une impression.

Bon allez, il va aller casser une petite graine au bistrot en bas. Rencontrer les copains. Boire un canon. Ou deux. Ou trois.  Après, il ira faire un tour au Pôle Emploi, histoire de justifier les quelques sous qu’il reçoit chaque mois. L’envie de bosser l’a quitté depuis un moment. Tiens, depuis qu’ils ont dû fermer leur auberge. Une belle auberge qu’ils avaient avec la mère. A Montfermeil, à la sortie de Clichy. Dans ce qui était avant la Seine et Oise, département rupin et qui est devenu la Seine Saint Denis, le 93, le Neuf Trois, département maudit. Expulsés ils ont été. Pour construire les barres d’immeubles et les cités ouvrières. Elle était réputée pourtant leur petite auberge. Depuis, c’est le chômage, la descente aux enfers. Les indemnités de dédommagement ont été vite dépensées. Maintenant, pour bouffer, c’est la démerde. Chacun fait comme il peut.  Il en a plein le cul, Thénardier de cette vie, de cette société où il n’a pas sa place. Pour nourrir sa famille et picoler ce dont il a besoin, il est bien obligé de faire des petits arrangements pas toujours catholiques.

Juste histoire de  vivre une vie décente. Pas une vie à deux balles. Une vie dans laquelle il traîne.
Malheureux.  Pitoyable. Détestable.

Misérable….

(1)    La description originale de Thénardier est la suivante : « Le Thénardier était un homme petit, maigre, blême, anguleux, osseux, chétif, qui avait l’air malade et qui se portait à merveille ; sa fourberie commençait là. Il souriait habituellement par précaution, et était poli à peu près avec tout le monde, même avec le mendiant auquel il refusait un liard. Il avait le regard d’une fouine et la mine d’un homme de lettres. Il ressemblait beaucoup aux portraits de l’abbé Delille. Sa coquetterie consistait à boire avec les rouliers. Personne n’avait jamais pu le griser. Il fumait dans une grosse pipe. Il portait une blouse et sous sa blouse un vieil habit noir. » (Victor Hugo, les Misérables, chapitre II)

Image tirée de http://susauvieuxmonde.canalblog.com/archives/2013/02/27/26522031.html

mai 30

Uchrony or not Uchrony ?

jeanne

Mince, hier j’ai écrit un texte sur les fraises, en souvenir de la mort de Grouchy qui nous avait fait perdre la face devant les Prussiens, surtout devant les Anglais et ce crâneur de Wellington. Et aujourd’hui, ouvrant mon ordi, de quoi t’est-ce que je m’aperçois-je ? Le 30 mai, dans le calendrier républicain, c’est le jour…… de la fraise.

Encore un sale coup des Rosbifs. Suis sûr qu’ils l’ont fait exprès…

Je commence à m’en remettre doucement et je descends plus bas sur la page du 30 mai. Et qu’est-ce que je vois-je devant mes yeux exorbités et étonnés ?

Je vous le donne Émile, comme disait Rousseau (non-littéraires s’abstenir..)

30 mai 1431 : mort de Jeanne d’Arc sur un bûcher à Rouen.

Un complot…. Un complot brtiannique, vous dis-je…

Je ne vais quand même pas écrire une uchronie là-dessus, ce serait un peu gros… Voyons, que pourrais-je bien inventer ?

– Il a plu toute la journée, et le feu n’a pas pris ?

– Le bois était vert et a juste fait de la fumée (je l’ai déjà fait pour les Templiers) ?

– Elle a été graciée à la dernière minute à cause d’une erreur de procédure ?

– Superman est descendu du ciel ?

– Des soldats en armes sont sortis de la foule et ont tué tout le monde et l’ont détachée ?

– Zorro est arrivé ?

– Elle a défait ses liens toute seule et est partie en mobylette devant la foule médusée ?

– Grouchy a mangé ses profiteroles sans faire le difficile et est arrivé à l’heure, pour une fois (non-lecteurs du texte d’hier, s’abstenir) ?

– E.T. est passé près du bûcher et l’a enlevée sur son vélo volant ?

– Stone et Charden ont chanté (mélomanes s’abstenir) et il a plus très fort d’un seul coup, éteignant les flammes naissantes ?

– La Reine d’Angleterre a souri ?

Non, décidément, rien ne pourrait aller. Ça se verrait trop que c’est bidonné…

Et puis je n’ai pas vraiment envie de me casser la tête.

Et après tout, pourquoi vouloir la sauver ? Elle l’a bien cherché après tout.

Sincèrement, vous ne trouvez pas ?

– S’habiller en homme alors que c’était interdit…

– Devenir soldat alors que c’était réservé aux mecs seulement…

– Raconter que c’est Dieu qui lui a demandé de bouter les anglais… Même Cahuzac n’a pas osé un truc aussi gros pour se justifier…

– Ne pas accepter les avances que lui avait faites un gros Cauchon (non-historiens s’abstenir…)

Franchement, elle a tout fait pour y arriver sur le bûcher. Je ne peux pas sauver ainsi indéfiniment celles et ceux qui se mettent délibérément dans la merde tout seul (pardon Eva, j’ai dit un gros mot… Private joke, sorry…Non-DSDEN14 s’abstenir…)

Et puis bon, si en deux jours, on gagnait Waterloo et on sauvait Jeanne d’Arc, que nous resterait-il comme argument frappant et convaincant pour justifier notre haine farouche, héréditaire et congénitale des Anglais ? Qu’aurait hurlé mon père devant une essai français face au  Quinze de la Rose (non rugbymen s’abstenir), si ce n’est «Tiens, ça c’est pour venger Jeanne d’Arc ! » ?

Non. Puisqu’hier nous avons gagné Waterloo, ce qui n’est pas une mince affaire quand même, avouez, il nous faut conserver un peu de rancœur contre la perfide Albion, et pour cette raison, je vais laisser les flammes monter le long du bûcher de la place Jeanne d’Arc de Rouen (qui ne s’appelait pas Place Jeanne d’Arc à l’époque, notez-le bien) et dévorer le corps fluet et jamais caressé de la pauvre Pucelle.

Voilà. Ce n’est pas une raison pour que le Front National s’en fasse une idole, mais laissons-la assumer ce qu’elle a bien cherché.

Donc, à la question classique : « Jeanne d’Arc a-t-elle été brûlée le 30 mai 1431 à Rouen ? », la réponse est sans équivoque : « Oui ».

A la seconde question, maintes fois posée par les plus grands historiens de France et même du monde :  « J.M.B. n’a-t-il rien pu faire pour empêcher cela ? », la réponse est « Il aurait pu, mais il n’a pas voulu ! »

Et la prochaine fois que nous battrons les Anglais au tournoi des six nations (non-utopistes s’abstenir), comme mon papa, vous pourrez vous écrier : « Tiens, sacré rosbif, t’as le bonjour de Jeanne d’Arc ! »

 

(Pas besoin de parenthèses, tout est écrit au-dessus, je vais pas répéter quand même… Marre de tout faire ici… Z’avez qu’à lire attentivement aussi…)

© JM Bassetti 30 mai 2013. Tous droits réservés.