janvier 15

Voyants de père en fils

Bonne année 2018.

La semaine dernière, je l’avoue, j’ai séché. Les parachutistes proposés par Leiloona ne m’avaient vraiment pas inspiré et j’ai préféré passer mon tour, quitte à le reprendre plus tard si l’inspiration me revient. Cette semaine, cette photo de potage ne m’a pas inspiré immédiatement, mais la maturation de la semaine a fait son travail et j’ai accouché de ce texte lourd dimanche après-midi. 
En le lisant, vous apprendrez comment les destins d’un homme peuvent être influencés par certains médiums.
Je suis désolé, le texte dépasse légèrement la page A4 en caractères Calibri de Corps 11, mais tout y est important et la vérité historique m’a empêché de faire plus court.
Comme d’habitude, rendez vous sur le site de Bricabook pour lire les textes des copains, sûrement excellents mais certainement pas empreints de sérieux et de recherche encyclopédique comme l’est celui que vous vous apprêtez à découvrir.


Emmanuel était le dernier d’une lignée de médiums et de voyants qui avaient le don de lire l’avenir de leur entourage et leur propre avenir de façons particulières.

Son arrière-grand-père Henri, ancien agent des ponts et chaussées et décédé en 1964 voyait son avenir et l’interprétait dans les croutes de Maroilles. C’était sa manière à lui de travailler. D’aucuns le prenaient pour un illuminé, mais il avait tenu ferme toute sa vie. C’est ainsi que peu avant sa mort, il avait prédit l’assassinat du Président Kennedy en croisant des croutes de fromage avec de la purée de carottes. Il avait terminé son repas en sueur, les yeux révulsés. « Quand la croute de côté fait un trait épais qui va en se rétrécissant et que la carotte est mal mélangée à la purée sans crème, c’est que la vie d’un homme célèbre est en danger. » Le lendemain, après la salade, il avait repris du fromage et relancé les croutes de la main gauche et les yeux fermés dans la gamelle du chien. C’était la façon la plus sûre de ne pas se tromper. Elles étaient retombées en formant un étrange K. Il en avait déduit qu’un président dont le nom commençait par un K était en danger. Mais voilà… Khrouchtchev ou Kennedy ? Les deux étaient en poste. Après plusieurs nuits d’angoisse et d’insomnie pour lui et pour son épouse Marie, il avait fini par avoir sa réponse tant attendue au petit déjeuner. Le Maroilles que sa femme lui avait présenté pour tremper dans son café présentait une série de formes étranges sur la croute, formant une dizaine d’étoiles stylisées. Il ne lui en fallut pas plus pour comprendre que c’était le Yankee qui risquait sa peau. Ses appels téléphoniques à la maison blanche ne furent jamais pris au sérieux et il arriva à John Fitzgerald ce que tout le monde sait.

Le Grand-père d’Emmanuel se nommait André. Peu amateur de fromage, il avait pris l’habitude d’exercer son art en lisant dans la purée Mousline récemment inventée. En tant que cheminot affecté à la conduite des michelines dans le Nord Pas de Calais, André était un spécialiste reconnu des tracés de rails dans la purée en flocons. Il avait notamment reçu le Grand Prix Inter-rail Mous-Miche-Line pour sa prédiction de l’élection de Martine Puichard comme Miss Picardie en 1978. La chute malencontreuse d’un crouton de pain dans les rails du côté gauche de l’assiette (celui du cœur) le midi et une trace en forme de J le soir l’avaient amené à épouser Jacqueline qui lui avait donné deux enfants étrangement allergiques à la purée.

Jean-Michel, le fils aîné d’André fut, malheureusement pour lui, le canard noir de la famille. Il eut beau chercher à prédire l’avenir du monde ou son propre avenir dans différents aliments, rien ne lu sourit. Il essaya pourtant les raviolis, les nems, les poils d’artichauds (son oncle était un spécialiste des poils de coeur, mais la limite de ce texte à une page ne nous permet hélas pas de nous pencher d’avantage sur son cas pourtant passionnant), la tisane Verveine menthe, le ketchup, la mayonnaise et les éclairs au café, rien ne lui permit de lire quoi que ce soit. Il eut une lueur d’espoir un soir en pensant avoir prédit dans les coquillettes au beurre une récolte exceptionnelle de frites dans le sud de la Belgique mais une invasion de sauterelles mit fin à cette espérance.

A la naissance d’Emmanuel en plein milieu des années soixante-dix, toute la famille se demanda quel serait son don. Et il ne fut pas long à le révéler. Emmanuel lisait son avenir dans la soupe à la tomate et dans les pâtes que sa maman Françoise versait généreusement. Si, tout enfant, Emmanuel lisait plus facilement dans le vermicelle et le tapioca, la maturité l’entraîna dans la lecture des pâtes lettres Buitoni. Sa carrière de haut fonctionnaire, il la doit d’ailleurs à la soupe à la tomate. En 2002, la présence des trois lettres A, E et N lui firent se poser des questions sur son avenir. Les Dieux voulaient ils lui dire qu’il était un ANE ? Ses brillants résultats scolaires disaient pourtant le contraire. Soudain, l’illumination lui vint et il entra à l’ENA. N’était-ce pas un signe ?

Depuis, il n’est pas un jour où Emmanuel n’essaie pas de lire son avenir et celui de son pays dans les pâtes à potage. Il lui fallut une bonne semaine de réflexion pour comprendre que les lettres A, B, E, N, Q et U formaient le mot BANQUE et l’incitaient à déposer sa lettre de motivation chez les Rothschild. Les lettres S, R, U, N et E l’encouragèrent à se présenter devant les français et à leur demander de mettre son nom dans les URNES.

Hier soir, en soufflant sur sa soupe trop chaude (Brigitte la laissait trop longtemps sur le feu), il avait aperçu le mot TRAVAIL, même si le V coulait un peu sous un pépin de tomate réticent.

Et aujourd‘hui CODE.

Bon sang…. CODE ce soir et TRAVAIL hier… Il y avait sûrement un message. Le travail du code ? Le code du travail ? Il y avait certainement quelque chose à creuser. Mais quoi ?


PS : A noter que tous les prénoms et les professions sont les bons… Je n’ai rien inventé. Du moins pour ce qui est des prénoms…

© Amor-Fati 15 janvier 2018 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr


Copyright 2017. All rights reserved.

Ecrit 15 janvier 2018 par Amor-Fati dans la catégorie "Non classé

16 COMMENTS :

  1. By la fllibust on

    Que des garçons dans cette lignée, mais les filles auraient-elles eut le même don ?

    Répondre
    1. By Amor-Fati (Auteur) on

      Ah je ne sais pas… Certainement d’autres dons, mais là, il est vrai que je n’ai suivi que les hommes !!

      Répondre
  2. By Jos on

    Un texte sous forme d’arbre généalogique original et qui ma fait sourire ! Merci pour cette très agréable lecture !

    Répondre
    1. By Amor-Fati (Auteur) on

      Merci pour ton gentil petit mot et pour ta lecture. Je vais faire de même sur ton blog…

      Répondre
  3. By Nady on

    Merci pour cette belle crise de rire ! Une chute en rire jaune toutefois car je crains percevoir ce qu’il a vu…. Bravo pour ton texte !

    Répondre
    1. By Amor-Fati (Auteur) on

      Ma soeur aussi a bien ri (Miss Marple dans l’atelier) et j’aime bien faire rire les gens… Merci de ton petit mot.

      Répondre
      1. By Nady on

        ah Miss Marple est ta soeur ? Waouuu ! Vous avez de belles plumes dans la famille ! Comment va Rollande ? suis curieuse de savoir ce que contenait le gros colis de son texte pour ton Noël 😉

        Répondre
    1. By Amor-Fati (Auteur) on

      Ah bon ? Il est connu ? J’ai écrit ça comme ça, au hasard pourtant :: 😉

      Répondre
  4. By Adele on

    Nan mais oh quoi ? Tu te payerais pas un peu ma tête ? Je sais bien que le marc de café, C’est bien plus sur. Et ça sent plus bon.
    Franche rigolade à la lecture de ce texte déjanté. Bravo !
    NB J’ai peur qu’après, ça se termine en soupe à la grimace.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *